2021-2022




Mme Juanita Westmoreland-Traoré : une grande pionnière

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

(Article diffusé le 17 août 2021)


Le 9 septembre prochain, lors de la Rentrée judiciaire, la Médaille du Barreau de Montréal sera remise à Mme Juanita Westmoreland-Traoré, juge de la Cour du Québec à la retraite, afin de souligner sa contribution exceptionnelle à la cause de la justice. Tout au long de sa carrière, riche en expériences variées, elle a combattu la discrimination raciale et ethnique et a toujours lutté pour les droits des femmes. Voici un court portrait d’une grande pionnière qui a tracé des voies pour les prochaines générations.

Mme Westmoreland-Traoré est née et a grandi à Verdun. Fortement influencée par le mouvement des droits civiques aux États-Unis, elle fait ses études en droit à l’Université de Montréal (1963-1966) avant d’obtenir un doctorat d'État en droit public et sciences administratives de l'Université de Paris II (1972). En 1969, quelques mois après avoir été reçue dans la profession, alors qu’elle travaille à son compte, elle représente 10 accusés dans l’affaire de la tristement célèbre manifestation étudiante à l’Université Sir-George-Williams. De 1970 à 1976, elle pratique au sein du cabinet Mergler, Melançon, Bless où elle représente notamment des clients racisés accusés de voies de fait contre des policiers ou de résistance à l’arrestation.

Mme Westmoreland-Traoré enseigne à la Faculté de droit de l’Université de Montréal de 1972 à 1976 et au Département des sciences juridiques de l’UQAM de 1976 à 1985. Pendant ces années, elle travaille aussi pour le gouvernement du Québec et est membre de l'Office de protection des consommateurs du Québec de 1979 à 1983. Entre 1983 et 1985, elle est commissaire, à temps partiel, à la Commission canadienne des droits de la personne.

En 1985, elle contribue à mettre sur pied le Conseil des communautés culturelles et de l’immigration dont elle a été la première présidente. Au sein de cet organisme, elle est chargée d’élaborer des études et de formuler des avis sur les politiques d’immigration du Québec auprès du ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration. Après la fin de son mandat en 1990, elle est nommée présidente de la Commission d’équité en matière d’emploi de l’Ontario, poste qu’elle exerce de 1991 à 1995. Après avoir été conseillère des Nations Unies auprès de la Commission de vérité et de justice en Haïti, en 1995, elle devient, l’année suivante, doyenne de la Faculté de droit de l’Université de Windsor, fonction qu’elle occupe pendant trois ans.

En 1999, Mme Westmoreland-Traoré est nommée juge à la Cour du Québec et devient ainsi la première personne noire à accéder à la magistrature au Québec. Elle prend sa retraite en 2012, mais continue à siéger à titre de juge surnuméraire jusqu’en 2017. Pour Mme Westmoreland-Traoré, sa nomination à la magistrature a été l’élément le plus significatif de sa carrière au parcours atypique et composite. À titre de juge, elle a toujours tenté de saisir et comprendre la réalité de la personne devant elle et de rendre des sentences proportionnelles à cette personne.

Afin de souligner sa contribution exceptionnelle à la société, de nombreuses distinctions lui ont été décernées au cours des années. En 1991, elle a été reçue officière de l’Ordre national du Québec. L’Université d’Ottawa, en 1993, l’UQAM, en 2001, et l’Université McGill, en 2018, lui ont chacune décerné un doctorat honorifique. Elle a aussi reçu plusieurs prix, dont le Prix « Les assises » de l’Association du Barreau canadien en 2005 et le Prix « Droits et Libertés » de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2008.

Mme Westmoreland-Traoré a toujours lutté pour une profession plus inclusive et diversifiée. Pour elle, il faut continuer de favoriser le rapprochement et l’intégration, et ce, pour pouvoir vivre dans une société encore plus harmonieuse : tous doivent avoir leur chance et on ne doit jamais rien tenir pour acquis. Bien qu’elle dénote une certaine amélioration, elle souhaite que les avancées se poursuivent, car la discrimination est encore bien présente, mais sous des formes plus subtiles.

Même à la retraite, Mme Westmoreland-Traoré est toujours engagée et continue à s’investir dans sa communauté, notamment au sein de Centraide Montréal, de la Ligue des droits et libertés, du Congrès des femmes noires du Canada et du Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes.

Pour en apprendre davantage sur la future lauréate, revoyez la capsule vidéo présentée par le Barreau de Montréal et le Jeune Barreau de Montréal « Vers une profession plus représentative — Madame Juanita Westmoreland-Traoré, juge de la Cour du Québec à la retraite » en cliquant ici.

La Médaille du Barreau de Montréal est attribuée par le Conseil, après consultation de la Conférence des anciens bâtonniers, à des personnes membres ou non du Barreau, qui se sont signalées par leur contribution à la cause de la justice. Pour connaître les récipiendaires antérieurs, vous pouvez cliquer ici.