18 juin 2026
Me Shana Chaffai-Parent : Rester connectée
Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Membre du Barreau du Québec depuis 2013, Me Shana Chaffai-Parent est professeure adjointe à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Après avoir pratiqué quelques années en grand cabinet, elle a choisi de se consacrer à une carrière académique et à la formation de la relève juridique. Pour elle, il est essentiel de demeurer connectée au milieu de la pratique afin de pouvoir réfléchir au droit dans un cadre concret.
Née d’une mère marocaine et d’un père québécois, Me Chaffai-Parent a grandi à Saint-Étienne-des-Grès, une municipalité située entre Shawinigan et Trois-Rivières, tout en passant ses étés au Maroc. Le fait d’évoluer entre deux cultures a fortement influencé sa manière de penser et lui a fait prendre conscience qu’il est possible de réimaginer autrement le monde dans lequel nous vivons. Très engagée au sein de sa communauté durant ses études secondaires et collégiales, elle rêvait de devenir journaliste, ce qui l’a menée à entreprendre un baccalauréat en droit à l’Université Laval.
Le droit est rapidement devenu une passion. « J’ai adoré mes études et mon passage à l’université. Une chose qui m’a rapidement animée, c’est l’aspect communication du droit, que ce soit pour transmettre, convaincre ou pour faire réfléchir. Ça constitue d’ailleurs un fil conducteur de mon parcours. » À cet effet, pendant ses études, elle a notamment été rédactrice en chef du journal étudiant de la Faculté, Le Verdict.
Après l’École du Barreau, elle effectue son stage chez BLG et constate rapidement que le litige est le domaine qui l’intéresse le plus. Devenue avocate, sa pratique se concentre principalement en droit de la construction, tout en touchant également au droit autochtone. Elle acquiert rapidement un bon niveau d’autonomie, ce qui l’amène notamment à collaborer avec des experts, des expériences enrichissantes qui influenceront son parcours en recherche. Après trois ans, elle décide de retourner sur les bancs d’école pour faire une maîtrise à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. « Deux éléments ont été déterminants dans ma décision. D’abord, j’ai toujours voulu et apprécié travailler avec des étudiants et les voir réussir. Ensuite, j’ai toujours été attirée par la liberté du milieu académique, qui permet d’envisager les choses autrement et de faire preuve de créativité. »
Me Chaffai-Parent s’engage dans son parcours académique avec le désir de faire évoluer les pratiques et de réfléchir à la facilitation de l’accès à la justice. Lors de son passage en cabinet privé, elle a constaté que le système juridique n’offre pas toujours des solutions raisonnables et adéquates pour les particuliers, ce qui la marque profondément. Sa maîtrise porte sur la nature juridique de l’expertise dans l’instance civile. Elle y remet en question le statut de témoin de l’expert, qu’elle estime inadéquat au regard de sa mission première d’éclairer le tribunal.
Suivant sa maîtrise, elle complète ses études doctorales en 2024 sous la supervision de l’hon. Catherine Piché, alors devenue juge à la Cour supérieure du Québec après une carrière professorale. Sa thèse examine le principe de contradiction et la manière dont celui‑ci peut entrer en tension avec les impératifs de proportionnalité et d’accès à l’instance civile québécoise.
Soucieuse de demeurer en contact avec le milieu juridique, Me Chaffai-Parent demeure impliquée au sein de la profession, échange régulièrement avec des avocats et des juges et organise fréquemment des journées d’observation à la Cour, souvent en compagnie d’étudiants. « En tant que professeure, il est important pour moi de cultiver des liens avec les principaux acteurs du système judiciaire. Ce dialogue entre la recherche et la pratique est essentiel pour développer des pistes de solution à la fois ambitieuses et réalistes. Alors que les avocats doivent composer avec les exigences de la pratique, le recul dont je bénéficie comme chercheuse me permet d’aborder certains enjeux sous un angle différent. »
Animée par la volonté de repenser la justice et de la recentrer sur les personnes, elle a récemment amorcé avec l’Institut québécois de réforme du droit et de la justice (IQRDJ) le projet de formuler des États généraux sur le droit et la justice, où elle est responsable du volet relatif aux institutions judiciaires, à la procédure civile et à la justice participative. Elle s’intéresse également à l’influence du populisme sur les tribunaux dans le cadre d’un projet de recherche financé par la Fondation du Barreau, ainsi qu’à l’impact de la présence des tribunaux et des juges sur les réseaux sociaux.
Me Chaffai-Parent a choisi une voie qui lui permet de donner toute sa place à la créativité, et il lui importe de prendre plaisir, chaque jour, dans ce qu’elle accomplit. L’aspect pédagogique demeure au cœur de son engagement à titre de professeure. Aujourd’hui, elle enseigne la procédure et la preuve civile aux étudiants de premier cycle, cherchant à maintenir un équilibre entre les cours magistraux et des approches favorisant le contact avec la pratique, l’acquisition de réflexes et le développement d’une perspective critique. « Voir les étudiants s’épanouir est l’un des aspects que j’apprécie le plus dans mon travail. J’enseigne avec l’espoir de transmettre aux étudiants mon enthousiasme pour le droit et l’envie de le questionner. ».
En faisant revivre la chronique Figure de Maître, créée sous le bâtonnat de Me Lynne Kassie en 2000, le Barreau de Montréal souhaite mettre en lumière des avocats inspirants, auteurs de réalisations exceptionnelles et qui, à travers leurs actions, contribuent à faire rayonner la justice au sein de la profession.
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