Me Pierre-Luc Beauchesne : De l’urgence d’écrire… puis d’agir

Par Alexandre Forest, avocat

« La conscience d’avoir bien agi est une récompense en soi. »
– Sénèque

Le 8 mai prochain, Me Pierre-Luc Beauchesne, président du Comité Relations avec les membres (membre 2013-2016; 2019 – à ce jour), sera le récipiendaire du Prix Pierre-Fournier soulignant sa contribution exceptionnelle au Barreau de Montréal et à ses activités. Pour l’importante communauté d’avocat(e)s impliqué(e)s au sein du Barreau, cette récompense octroyée à Me Beauchesne sera sans surprise, ce membre du Barreau du Québec depuis 2006 n’ayant eu de cesse de s’impliquer au sein des diverses instances de notre profession. Mais qui se cache derrière la plume généreuse et gracieuse de l’auteur de la quasi-totalité des Figures de maître publiées au cours des trois dernières années?

DE L’URGENCE D’ÉCRIRE

C’est au baccalauréat en lettres à l’Université McGill que Me Beauchesne déploie d’abord ses talents littéraires, se spécialisant dans le style particulier de la forme brève. De là, il ne fallait qu’un pas pour qu’il bifurque vers le droit à l’Université de Montréal où le langage concis et précis fait loi. Pour la première fois toutefois, Me Beauchesne doute : « J’étais assez timide et réservé. Je doutais de tout. Je sentais que je n’avais pas une personnalité typique de plaideur qui dégage une confiance inébranlable en ses capacités. » Venant d’un avocat ayant plaidé en décembre dernier devant la Cour suprême du Canada au nom du procureur général du Québec dans la très médiatisée cause du « procès secret » (Société Radio-Canada, et al. c. Sa Majesté le Roi, et al.), ce questionnement a de quoi surprendre en rétrospective!

Stagiaire au sein du service juridique de Bell Canada, Me Beauchesne y fera une rencontre significative en Me Dominic Jaar. Ce dernier remarquera rapidement le talent de Me Beauchesne pour l’écriture et lui suggérera de le mettre au service de l’Association du Jeune Barreau de Montréal. Ainsi, pendant toute sa période d’admissibilité de dix ans, c’est ce que Me Beauchesne fera. Membre du comité organisateur du désormais célèbre colloque Legal.IT, journaliste puis rédacteur en chef au magazine l’ExtraJudiciaire, co-auteur du Guide de démarrage de l’entreprise, administrateur responsable des communications et finalement rédacteur en chef du Blogue du Comité Recherche et Législation (CRL), ce sont des dizaines d’articles et billets que Me Beauchesne rédigea avec brio. Humble, il souligne surtout qu’écrire a toujours été (et est toujours) un plaisir pour lui, jamais un fardeau : « L’écriture a toujours été pour moi un plaisir un peu égoïste qui me permettait de trouver un certain équilibre entre le besoin d’en faire plus professionnellement et celui de prendre du temps juste pour moi. » D’aucuns diraient que le Barreau a grandement profité de cet « égoïsme » de Me Beauchesne.

DE L’URGENCE D’AGIR

Mais il y a bien au-delà des mots dans le parcours de Me Beauchesne.

En effet, de la faiblesse qu’il percevait à ne pas pouvoir dégager la confiance inébranlable typique du plaideur, Me Beauchesne en a fait une force. Après son passage au contentieux de Bell Canada, Me Beauchesne va rapidement se développer une niche dans le pourtant très compétitif marché du droit immobilier ainsi qu’en matière de procédures sans préavis, le poussant à se retrouver plus souvent qu’autrement sous pression devant un tribunal pour convaincre qu’une mesure immédiate est requise. « Je suis à l’aise dans l’urgence. J’y retrouve une sorte de calme et de sérénité » explique Me Beauchesne, « Dans ces moments-là, j’ai le sentiment que ma capacité à rapidement en venir aux faits sans artifice m’avantage, alors que le temps presse. » Il croisera sur sa route des avocats chevronnés comme Me Benoît Larose (à ce moment chez Goyette Larose s.n.) et Me François Viau (toujours chez Gowling WLG) qui lui permettront de développer la confiance qu’il enseigne maintenant aux plus jeunes avocat(e)s du procureur général du Québec où il pratique depuis 2017. Une constante se répétera à travers chacune de ces expériences professionnelles : Me Beauchesne est celui vers qui on se tourne lorsque l’urgence frappe à la porte.

Il fera également passer son implication à un autre niveau en 2019 en se joignant au Conseil du Barreau de Montréal jusqu’en 2021. Le soussigné peut personnellement témoigner de l’apport de Me Beauchesne au sein du Conseil, non seulement par son talent exceptionnel d’auteur (il prendra le titre officieux de « reporter officiel » du Barreau de Montréal, titre qu’il conserve à ce jour), mais également par ses opinions toujours pertinentes quant à la gestion de notre ordre professionnel.

À presque vingt ans d’expérience comme avocat plaideur, qu’est-ce que Me Beauchesne voudrait que l’on retienne de ce portrait? « Nos forces et faiblesses ne nous définissent pas nécessairement. Il nous appartient de nous définir nous-mêmes. Pour moi, l’implication m’a vraiment permis de trouver ma voie et de sentir que j’avais ma place ». Il n’est à point douter que Me Beauchesne aura marqué le Barreau de Montréal à l’encre indélébile… et il ne reste qu’à nous souhaiter que nous soyons encore bien loin de l’épilogue!

Le prix Pierre-Fournier est décerné chaque année à une personne qui s’est signalée par sa contribution exceptionnelle au Barreau de Montréal et à ses activités.

Pour voir la liste de ses récipiendaires depuis sa création en 1992, cliquez ici.

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Le 13 novembre dernier, dans le cadre des Grands entretiens avec le bâtonnier, Me David Ettedgui s’est entretenu avec deux figures marquantes du monde des affaires : Mes Anne-Marie Boucher et Mitch Garber.

En couple depuis l’École du Barreau, Mes Boucher et Garber se sont lancés en affaires, chacun à sa façon et à son rythme. Généreux de leur temps et de leur argent, ils s’investissent aussi depuis des années au sein de plusieurs organismes de bienfaisance.

Me Anne-Marie Boucher : la passion de développer

Membre du Barreau du Québec depuis 1992, Me Boucher est l’une des co-fondatrices de BCF et siège aujourd’hui sur le conseil d’administration de plusieurs entreprises et organismes. Sa carrière est marquée bien sûr par la passion pour les affaires, mais aussi par le besoin de former la relève et de partager ses connaissances.

Avant de faire ses études en droit, Me Boucher a passé une année dans les Forces armées canadiennes et a travaillé aussi un an au Pérou dans un orphelinat. En plus d’avoir été enrichissantes, ces expériences lui ont permis d’améliorer son anglais et son espagnol et de pouvoir devenir monitrice de langues pour payer ses études. Me Boucher a fait son baccalauréat en droit à l’Université de Montréal avant de compléter une maîtrise en fiscalité à l’Université de Sherbrooke. C’est une de ses professeures en fiscalité, Diane Bruneau, qui l’a mise en contact avec Me Guy Lord qui pratiquait en droit fiscal au sein de Clark Woods Rochefort Fortier. C’est dans ce cabinet où Me Boucher a fait son stage en droit et a débuté sa carrière.

Quelques années plus tard, Me Boucher fonde avec des collègues la firme Brouillette Charpentier Fournier, qui deviendra éventuellement BCF. Sa rencontre avec Me Mario Charpentier, qui a été associé directeur de BCF pendant 25 ans, a été déterminante : « Ayant tous les deux le goût des affaires et une bonne tolérance au risque, nous voulions bâtir notre propre entreprise. Notre objectif était de desservir les PME de A à Z, pas juste le volet entreprise, mais aussi le volet personnel, notamment en matière de fiscalité et de planification successorale. »

Chez BCF, elle pratique en droit fiscal jusqu’à son départ pour l’Europe en 2006 où son mari avait accepté un poste. À son retour au Canada, quelques années plus tard, elle continue chez BCF à titre d’avocate-conseil. En 2018, elle participe au lancement de BCF Ventures, un des premiers fonds de capital de risque corporatif lancé par un cabinet d’avocats, dont elle dirige aujourd’hui le comité aviseur. « Au cours des années, j’ai pu développer un bon flair en affaires. J’aime l’entreprenariat, j’aime participer à cet écosystème, et surtout mettre les gens en contact pour construire quelque chose. »

Aujourd’hui, Me Boucher siège sur les conseils d’administration de Carebook technologies et Lynx Air, deux entreprises en développement où tout est à bâtir. Tout comme pour son mari, la philanthropie occupe une place importante dans sa vie. Elle siège notamment sur les conseils d’administration de la Fondation de l’hôpital St. Mary, de Canada Alpin, de la World Widlife Fund, du Weizmann Institute of Science, du Musée McCord et est présentement la présidente de la Fondation communautaire juive de Montréal.

Au fil des ans, Me Boucher a également consacré beaucoup de son temps à l’enseignement. En plus d’avoir été monitrice de langues pendant ses études, elle a enseigné la fiscalité à l’Université de Montréal et à l’Université de Sherbrooke. Elle s’efforce encore aujourd’hui de partager ses connaissances avec la prochaine génération. Avec ses enfants, neveux et certains de leurs amis, elle a lancé dernièrement un fonds de capital de risque, Lalotte Ventures (ce nom s’inspire du mot « croissance » en hébreu) afin de les initier à ce type d’investissements.

Me Boucher reconnaît la chance inouïe d’avoir eu comme mentor Me Mario Charpentier, mais aussi son mari, Mitch Garber, comme partenaire : « Mon mari et moi avons des talents différents, mais ensemble nous sommes complémentaires et nous sommes devenus une véritable force ». Les affaires occupent une place importante dans sa vie familiale et sont devenus un élément rassembleur : « Notre objectif à Mitch et moi est de continuer à intégrer nos enfants, qu’ils prennent le leadership et qu’ils s’investissent dans tous nos projets philanthropiques. Nous voulons que la philanthropie fasse partie de notre ADN familial. »

La tête encore pleine de projets, Me Boucher souhaite continuer à transmettre ses connaissances à la nouvelle génération pour que celle puisse trouver aussi sa place.

Me Mitch Garber : l’homme d’affaires avocat

Membre du Barreau du Québec depuis 1990, Me Mitch Garber s’est lancé en affaires après avoir pratiqué en litige pendant plusieurs années. Au fil des ans, il est devenu une personnalité publique, n’ayant pas la langue dans sa poche et s’impliquant activement dans sa communauté.

Me Garber complète un baccalauréat en relations industrielles à l’Université McGill avant de faire ses études en droit à l’Université d’Ottawa. De 1990 à 1999, il travaille chez Lazarus Charbonneau où sa pratique est très diversifiée : « J’allais au palais de justice presque tous les jours, ce qui m’a permis de développer mes aptitudes pour le débat et surtout de pouvoir penser et réagir rapidement sous pression. Ces leçons que j’ai apprises devant les tribunaux m’ont servi toute la vie ».

En 1999, à 35 ans, il quitte la pratique du droit et démarre avec deux amis SureFire Commerce inc., une entreprise de traitement de paiements en ligne. Pour lui, se lancer en affaires était un risque très calculé et réfléchi. En 2006, il devient le PDG de Party Gaming Plc avant de prendre la tête quelques années plus tard de Caesars Interactive Entertainment, une entreprise de jeux numériques dont il est devenu le premier investisseur privé. Par la suite, il devient aussi le PDG de Caesars Acquisition Company qui détient plusieurs hôtels et casinos à Las Vegas. À quoi doit-il tous ses succès? « Il ne fait pas de doute dans mon esprit que les deux choses qui ont propulsé ma carrière sont d’avoir fait des études en droit et d’être bilingue, même trilingue. J’ai toujours senti qu’on avait un certain respect pour les gens capables de parler plusieurs langues. »

Pour Me Garber, l’élément commun à la pratique du droit et aux affaires est la capacité de résoudre des problèmes : « J’aime beaucoup négocier et surtout comprendre les éléments d’un problème pour arriver à une solution bonne pour tout le monde. L’avocat a aussi une façon unique de lire un document et de penser. C’est ce que j’ai appris en droit et que j’ai su transposer en affaires. »

Un peu provocateur, Me Garber ne craint pas de prendre la parole et compte aujourd’hui plus de 45 000 abonnés sur X. Au cours des années, il a également été commentateur sportif et a participé à l’émission de télévision Dans l’œil du dragon. Aujourd’hui, il continue d’investir dans plusieurs entreprises, en plus de siéger sur le conseil d’administration de certaines. Il est aussi l’un des propriétaires du Kraken de Seattle, une équipe de hockey de la LNH.

Me Garber et son épouse investissent beaucoup de leur temps et argent dans différentes causes. Celle qui lui tient le plus à cœur est Centraide, notamment parce que celle-ci vient en aide à plusieurs organisations montréalaises et québécoises : « On est très chanceux d’habiter à Montréal et on a une qualité de vie extraordinaire. Si on ne s’occupe pas des plus démunis de notre ville, qui va le faire? Tous les avocats ont une responsabilité à cet égard, parce qu’ils ont souvent plus de moyens que d’autres. »

Son attachement à la profession n’est sûrement pas étranger au fait que son épouse est également avocate : « Être tous les deux des avocats nous a permis de trouver des façons d’être en désaccord, de prendre la parole chacun à son tour et de faire preuve de respect pour l’autre. » Malgré ses succès en affaires, la notoriété et les prix qu’il a gagnés, Me Garber est avant tout fier d’être un avocat montréalais et souhaite que ses confrères et consœurs partagent cette même fierté.

Le prix Pierre-Fournier est décerné chaque année à une personne qui s’est signalée par sa contribution exceptionnelle au Barreau de Montréal et à ses activités.

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