Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Le 13 novembre dernier, dans le cadre des Grands entretiens avec le bâtonnier, Me David Ettedgui s’est entretenu avec deux figures marquantes du monde des affaires : Mes Anne-Marie Boucher et Mitch Garber.

En couple depuis l’École du Barreau, Mes Boucher et Garber se sont lancés en affaires, chacun à sa façon et à son rythme. Généreux de leur temps et de leur argent, ils s’investissent aussi depuis des années au sein de plusieurs organismes de bienfaisance.

Me Anne-Marie Boucher : la passion de développer

Membre du Barreau du Québec depuis 1992, Me Boucher est l’une des co-fondatrices de BCF et siège aujourd’hui sur le conseil d’administration de plusieurs entreprises et organismes. Sa carrière est marquée bien sûr par la passion pour les affaires, mais aussi par le besoin de former la relève et de partager ses connaissances.

Avant de faire ses études en droit, Me Boucher a passé une année dans les Forces armées canadiennes et a travaillé aussi un an au Pérou dans un orphelinat. En plus d’avoir été enrichissantes, ces expériences lui ont permis d’améliorer son anglais et son espagnol et de pouvoir devenir monitrice de langues pour payer ses études. Me Boucher a fait son baccalauréat en droit à l’Université de Montréal avant de compléter une maîtrise en fiscalité à l’Université de Sherbrooke. C’est une de ses professeures en fiscalité, Diane Bruneau, qui l’a mise en contact avec Me Guy Lord qui pratiquait en droit fiscal au sein de Clark Woods Rochefort Fortier. C’est dans ce cabinet où Me Boucher a fait son stage en droit et a débuté sa carrière.

Quelques années plus tard, Me Boucher fonde avec des collègues la firme Brouillette Charpentier Fournier, qui deviendra éventuellement BCF. Sa rencontre avec Me Mario Charpentier, qui a été associé directeur de BCF pendant 25 ans, a été déterminante : « Ayant tous les deux le goût des affaires et une bonne tolérance au risque, nous voulions bâtir notre propre entreprise. Notre objectif était de desservir les PME de A à Z, pas juste le volet entreprise, mais aussi le volet personnel, notamment en matière de fiscalité et de planification successorale. »

Chez BCF, elle pratique en droit fiscal jusqu’à son départ pour l’Europe en 2006 où son mari avait accepté un poste. À son retour au Canada, quelques années plus tard, elle continue chez BCF à titre d’avocate-conseil. En 2018, elle participe au lancement de BCF Ventures, un des premiers fonds de capital de risque corporatif lancé par un cabinet d’avocats, dont elle dirige aujourd’hui le comité aviseur. « Au cours des années, j’ai pu développer un bon flair en affaires. J’aime l’entreprenariat, j’aime participer à cet écosystème, et surtout mettre les gens en contact pour construire quelque chose. »

Aujourd’hui, Me Boucher siège sur les conseils d’administration de Carebook technologies et Lynx Air, deux entreprises en développement où tout est à bâtir. Tout comme pour son mari, la philanthropie occupe une place importante dans sa vie. Elle siège notamment sur les conseils d’administration de la Fondation de l’hôpital St. Mary, de Canada Alpin, de la World Widlife Fund, du Weizmann Institute of Science, du Musée McCord et est présentement la présidente de la Fondation communautaire juive de Montréal.

Au fil des ans, Me Boucher a également consacré beaucoup de son temps à l’enseignement. En plus d’avoir été monitrice de langues pendant ses études, elle a enseigné la fiscalité à l’Université de Montréal et à l’Université de Sherbrooke. Elle s’efforce encore aujourd’hui de partager ses connaissances avec la prochaine génération. Avec ses enfants, neveux et certains de leurs amis, elle a lancé dernièrement un fonds de capital de risque, Lalotte Ventures (ce nom s’inspire du mot « croissance » en hébreu) afin de les initier à ce type d’investissements.

Me Boucher reconnaît la chance inouïe d’avoir eu comme mentor Me Mario Charpentier, mais aussi son mari, Mitch Garber, comme partenaire : « Mon mari et moi avons des talents différents, mais ensemble nous sommes complémentaires et nous sommes devenus une véritable force ». Les affaires occupent une place importante dans sa vie familiale et sont devenus un élément rassembleur : « Notre objectif à Mitch et moi est de continuer à intégrer nos enfants, qu’ils prennent le leadership et qu’ils s’investissent dans tous nos projets philanthropiques. Nous voulons que la philanthropie fasse partie de notre ADN familial. »

La tête encore pleine de projets, Me Boucher souhaite continuer à transmettre ses connaissances à la nouvelle génération pour que celle puisse trouver aussi sa place.

Me Mitch Garber : l’homme d’affaires avocat

Membre du Barreau du Québec depuis 1990, Me Mitch Garber s’est lancé en affaires après avoir pratiqué en litige pendant plusieurs années. Au fil des ans, il est devenu une personnalité publique, n’ayant pas la langue dans sa poche et s’impliquant activement dans sa communauté.

Me Garber complète un baccalauréat en relations industrielles à l’Université McGill avant de faire ses études en droit à l’Université d’Ottawa. De 1990 à 1999, il travaille chez Lazarus Charbonneau où sa pratique est très diversifiée : « J’allais au palais de justice presque tous les jours, ce qui m’a permis de développer mes aptitudes pour le débat et surtout de pouvoir penser et réagir rapidement sous pression. Ces leçons que j’ai apprises devant les tribunaux m’ont servi toute la vie ».

En 1999, à 35 ans, il quitte la pratique du droit et démarre avec deux amis SureFire Commerce inc., une entreprise de traitement de paiements en ligne. Pour lui, se lancer en affaires était un risque très calculé et réfléchi. En 2006, il devient le PDG de Party Gaming Plc avant de prendre la tête quelques années plus tard de Caesars Interactive Entertainment, une entreprise de jeux numériques dont il est devenu le premier investisseur privé. Par la suite, il devient aussi le PDG de Caesars Acquisition Company qui détient plusieurs hôtels et casinos à Las Vegas. À quoi doit-il tous ses succès? « Il ne fait pas de doute dans mon esprit que les deux choses qui ont propulsé ma carrière sont d’avoir fait des études en droit et d’être bilingue, même trilingue. J’ai toujours senti qu’on avait un certain respect pour les gens capables de parler plusieurs langues. »

Pour Me Garber, l’élément commun à la pratique du droit et aux affaires est la capacité de résoudre des problèmes : « J’aime beaucoup négocier et surtout comprendre les éléments d’un problème pour arriver à une solution bonne pour tout le monde. L’avocat a aussi une façon unique de lire un document et de penser. C’est ce que j’ai appris en droit et que j’ai su transposer en affaires. »

Un peu provocateur, Me Garber ne craint pas de prendre la parole et compte aujourd’hui plus de 45 000 abonnés sur X. Au cours des années, il a également été commentateur sportif et a participé à l’émission de télévision Dans l’œil du dragon. Aujourd’hui, il continue d’investir dans plusieurs entreprises, en plus de siéger sur le conseil d’administration de certaines. Il est aussi l’un des propriétaires du Kraken de Seattle, une équipe de hockey de la LNH.

Me Garber et son épouse investissent beaucoup de leur temps et argent dans différentes causes. Celle qui lui tient le plus à cœur est Centraide, notamment parce que celle-ci vient en aide à plusieurs organisations montréalaises et québécoises : « On est très chanceux d’habiter à Montréal et on a une qualité de vie extraordinaire. Si on ne s’occupe pas des plus démunis de notre ville, qui va le faire? Tous les avocats ont une responsabilité à cet égard, parce qu’ils ont souvent plus de moyens que d’autres. »

Son attachement à la profession n’est sûrement pas étranger au fait que son épouse est également avocate : « Être tous les deux des avocats nous a permis de trouver des façons d’être en désaccord, de prendre la parole chacun à son tour et de faire preuve de respect pour l’autre. » Malgré ses succès en affaires, la notoriété et les prix qu’il a gagnés, Me Garber est avant tout fier d’être un avocat montréalais et souhaite que ses confrères et consœurs partagent cette même fierté.

Le prix Pierre-Fournier est décerné chaque année à une personne qui s’est signalée par sa contribution exceptionnelle au Barreau de Montréal et à ses activités.

Pour voir la liste de ses récipiendaires depuis sa création en 1992, cliquez ici.

Me Manuel Shacter : Pratiquer le droit pendant plus de 75 ans

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Récipiendaire de la
Médaille du Barreau de Montréal
(2023-2024)

Le 7 septembre prochain, lors de la Cérémonie de la Rentrée judiciaire, Me David Ettedgui remettra la Médaille du Barreau de Montréal à Me Manuel Shacter afin de souligner sa contribution exceptionnelle à la cause de la justice. Ayant pratiqué le droit pendant plus de 75 ans, Me Shacter a eu une carrière exemplaire, toujours au service de sa communauté et de sa profession. Né le 27 novembre 1923, Me Shacter fêtera ses 100 ans cette année.

En pleine Deuxième Guerre mondiale, Me Shacter a terminé un baccalauréat en arts (économie et sciences politiques) à l’Université McGill avant d’y faire ses études en droit. Membre du Barreau du Québec depuis 1947, il a travaillé deux ans à Ottawa pour le ministère de la Justice du Canada avant de fonder avec des collègues son propre cabinet, Mendelsohn Rosentzveig Shacter qui est devenu au fil des ans McMillan et qui compte aujourd’hui près de 300 avocats.

Au cours de sa carrière exceptionnelle, Me Shacter est allé plusieurs fois à la Cour suprême du Canada. Il est spécialement connu pour sa victoire dans l’affaire Brody v. The Queen, 1962 CanLII 80 (SCC), [1962] SCR 681, où la question en litige était de savoir si le roman « Lady Chatterley’s Lover » était obscène. En plus d’avoir agi dans plusieurs dossiers concernant les droits et libertés protégés par les chartes, Me Shacter a également su développer une pratique en droit fiscal et droit corporatif.

Me Shacter a aussi milité pour une représentation juste des avocats de confession juive dans la profession. Il est un des fondateurs de l’Association de droit Lord Reading qui a vu le jour en 1948 et a été son président en 1968-1969 : « Because of the intervention of the Lord Reading Law Society, people in the Barreau became more sensitive to what was going on, and a few years later, we started to see an increased presence of Jewish attorneys in the legal community and in the judiciary. »

Me Shacter s’est aussi impliqué pour son barreau. Bâtonnier de Montréal en 1987-1988, il avait notamment milité en faveur d’une meilleure représentation du Barreau de Montréal au sein du Barreau du Québec. Me Shacter s’est aussi investi au sein de sa communauté, notamment au sein du YM-YWHA de Montréal, du Jewish Vocational Services, du Canadian Council of Christians and Jews et du Congrès juif canadien.

Le sport a occupé une place importante dans la vie de Me Shacter. Pendant ses études à McGill, il a fait partie de l’équipe de basketball, puis de l’équipe de football de l’université. Par la suite, il a été un grand amateur de ski, voyageant en Autriche à chaque année pendant plus de 55 ans.

Alors qu’il était doyen de la faculté de droit de l’Université McGill, l’honorable Nicholas Kasirer a dit de Me Shacter qu’il était un « unsung hero of Canadian Law ». Pour Me Shacter, la Médaille du Barreau de Montréal représente ainsi une belle reconnaissance de tout son travail au cours des nombreuses années où il a pratiqué le droit et où il s’est investi pleinement dans sa communauté. À la lumière d’une vie et d’une carrière si bien remplies, Me Shacter souhaite que ses plus jeunes consœurs et confrères réalisent qu’ils sont bien chanceux de vivre à l’époque où nous sommes et continuent à déployer des efforts afin que les droits humains soient toujours respectés.

La Médaille du Barreau de Montréal est attribuée par le Conseil, après consultation de la Conférence des anciens bâtonniers, à des personnes membres ou non du Barreau, qui se sont signalées par leur contribution à la cause de la justice.

Pour voir la liste de ses récipiendaires depuis sa création en 1986, cliquez ici.

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

L’assemblée générale annuelle (AGA) du Barreau de Montréal s’est tenue le 10 mai dernier à la salle Mont-Royal du Vieux Port Steakhouse. Ce fut l’occasion pour la bâtonnière sortante, Me Julie Mousseau, de souligner les réalisations de la dernière année et au nouveau bâtonnier, Me David Ettedgui, de nous faire part de ses projets et objectifs pour le prochain exercice.

Prix Pierre-Fournier

Le prix Pierre-Fournier a été remis cette année à Me Joey Hanna afin de souligner notamment sa contribution au Salon VISEZ DROIT. Depuis qu’il s’implique dans cette activité phare du Barreau de Montréal, Me Hanna a su se rendre indispensable. Son immense talent pour la communication et son énergie débordante ont su charmer la clientèle et les participants du Salon. Me Hanna a adressé quelques mots aux membres présents à l’AGA, les invitant à mettre au service d’autrui leur savoir-faire et d’investir aussi leur savoir-être au profit de leurs communautés.

Rapport de la trésorière

Les états financiers ont été présentés par la trésorière, Me Alice Popovici, qui rapporte un surplus de 190 000 $ cette année, ce qui servira à pallier certaines dépenses au cours du prochain exercice. Me Popovici a également annoncé deux nouveaux postes à pourvoir au sein de la permanence afin d’alléger la charge de travail des employés. De plus, l’assemblée a approuvé la résolution du Conseil d’indexer les cotisations 2024-2025 selon l’indice des prix à la consommation de la région de Montréal pour 2022 (6,6 %).

Rapport du bâtonnier sortant

Fière et heureuse du travail accompli, Me Julie Mousseau a trouvé que son bâtonnat, sous le thème de « Bâtissons l’avenir », a passé très vite. Cette année, le Barreau de Montréal a amorcé la transition de sa gouvernance, notamment avec la création de deux nouveaux comités statutaires, soit un comité des ressources humaines et un comité des finances et d’audit. Les nouveaux Grands entretiens de la bâtonnière ont permis de donner la parole à de grandes dames, soit Me Véronique Hivon, Me Patricia Gauthier, les honorables Manon Savard et Marie-Anne Paquette, ainsi que la bâtonnière Me Catherine Claveau, qui ont façonné à leur manière l’écosystème juridique montréalais. La pratique illégale de profession demeure toujours une préoccupation du Barreau qui a créé cette année un poste d’enquêteur. Me Mousseau a également annoncé la réouverture du SAGE au cours des prochaines semaines.

Proclamation des dirigeants et conseillers élus

Me Patrice Guay, président d’élection, a rappelé les résultats du dernier vote, par lequel ont été élus Mes Valérie Assouline, Vanessa O’Connell-Chrétien, Félix Rhéaume et Pascale Vigneau, avant d’annoncer la composition du Conseil 2023-2024.

Première rangée de gauche à droite: Mes Mathieu Jacques (Secrétaire), Caroline Larouche (Première conseillère), David Ettedgui (Bâtonnier), Alice Popovici (Trésorière).

Deuxième rangée de gauche à droite: Mes Harry Dikranian (Conseiller), Vanessa O’Connell-Chrétien (Conseillère), Pascale Vigneau (conseillère), Gabrielle O’Reilly Patry (Représentante du Jeune Barreau de Montréal), Félix Rhéaume (Conseiller), Tamara Davis (Directrice générale).

Absent.e.s de la photo: Mes Valérie Assouline (Conseillère), Véronique Collard (Conseillère), Jonathan Pierre-Etienne (Conseiller), Stéphanie Lisa Roberts (Conseillère).

Mot du nouveau bâtonnier

Après avoir reçu le traditionnel bâton des mains de Me Mousseau, Me David Ettedgui a fait la promesse qu’à la fin de la prochaine année nous serons encore mieux connectés les uns aux autres. Ainsi, « Ëtre connecté » sera le thème de son bâtonnat.

Pour mieux se connecter à sa communauté, le Barreau de Montréal mettra de l’avant un calendrier centralisé des activités des différentes associations du milieu juridique. Pour être connecté avec le savoir, le Barreau s’assurera que ses membres aient accès à du matériel de formation continue à un coût nul ou abordable. Pour se connecter à son histoire, Me Ettedgui remettra, lors de la prochaine Cérémonie de la Rentrée judiciaire, la médaille du Barreau de Montréal à Me Manuel Shacter, l’un des fondateurs du cabinet McMillan et de l’Association de droit Lord Reading. Pour se connecter à la scène internationale, le Barreau de Montréal accueillera du 16 au 18 octobre 2023 la prochaine édition du « World City Bar Leaders ». Pour se connecter à la relève, le Barreau mettra de l’avant une nouvelle initiative, soit une Journée des stagiaires où ceux-ci auront la chance de faire une visite privilégiée du Palais de justice de Montréal.

Me Ettedgui invite ainsi les membres du Barreau de Montréal à rester personnellement connectés et avoir un impact positif sur leurs communautés.

Pour lire les allocutions présentées lors de l’AGA, cliquez ici.

Le Barreau de Montréal remercie ses partenaires pour leur précieux soutien :

Mot du bâtonnier – Me David Ettedgui

Chères consœurs, chers confrères,

En accédant au poste de bâtonnier, j’imagine l’année à venir, avec ses défis, mais surtout, ses grandes promesses.

Ensemble, nous irons de l’avant avec détermination, dans la poursuite d’une cause commune.

Aujourd’hui, ma promesse est la suivante.  Dans un an, à la fin de mon bâtonnat, lorsque nous regarderons ensemble notre place collective dans la société montréalaise en tant qu’avocats, nous serons en mesure de constater que nous sommes encore mieux connectés.

Mieux connectés les uns aux autres.

Mieux connectés à la clientèle que nous desservons.

Mieux connectés à notre ville et à notre communauté.         

Et mieux connectés à notre histoire, à notre mission et à nos valeurs.

Au cas où vous ne l’auriez pas encore deviné – Être connecté est le thème que j’ai choisi pour mon bâtonnat.

J’aimerai tout d’abord remercier la bâtonnière Mousseau.

Son mandat s’est déroulé sous le thème « Bâtissons l’avenir ». Grâce à son leadership et à sa vision remarquable, ses réalisations nous inspireront tous pour les années à venir.

Je tiens également à remercier mes parents, mon incroyable femme Amanda et mes enfants, sans leur plein support, je ne pourrais prétendre à exercer cette fonction.

Revenons maintenant sur le thème de mon bâtonnat, « Être connecté ».

Comment ce thème s’appliquera-t-il dans la pratique ?

Par où commencer ?

Un calendrier communautaire

« Être connecté » commence par une meilleure connaissance de nos actions, de celles de notre communauté.

Cela passe en partie par l’ouverture à de nouvelles opportunités de rencontres, en utilisant des outils technologiques modernes.

Pourquoi ? Parce que nous ne connaissons que la partie non immergée de l’iceberg. Pensez à toutes les associations avec lesquelles nous partageons notre écosystème judiciaire :

Le Jeune Barreau de Montréal, L’Association de droit Lord Reading (Lord Reading Law Society), L’Association des juristes italo-canadiens du Québec (Association of Italian-Canadian Jurists of Quebec), l’Association des avocats et notaires noirs du Québec, de nombreuses cliniques juridiques réparties sur l’île de Montréal, les différentes facultés de droit….

Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses organisations qui accomplissent un travail précieux, en créant des liens entre les membres du Barreau et les autres professions juridiques.

Malheureusement, il arrive souvent que les événements organisés par ces associations se chevauchent. Cela limite le nombre de participants potentiels, et donc le partage d’idées ainsi que l’impact global de la programmation proposée. Je souhaite remédier à cette situation.

C’est pourquoi l’une de mes priorités cette année est de faire en sorte que le Barreau de Montréal lance un calendrier centralisé pour la communauté juridique montréalaise.

Tous les organismes associés seront invités à participer au calendrier en partageant les détails de leurs événements à venir.

La formation continue

Se connecter avec le savoir, c’est mettre davantage l’accent sur la formation continue.

Plus précisément, nous nous assurerons que les membres du Barreau de Montréal aient accès à du matériel de formation continue pertinent et abordable – idéalement à un coût nul ou minime lorsque c’est possible.

Nous reconnaissons en particulier l’importance de la médiation et le besoin d’avoir plus de professionnels formés dans ce domaine. Le récent projet de loi 8 illustre parfaitement cette priorité.

Cela étant dit, le maintien de l’accréditation en tant que médiateur exige dix heures de formation continue spécifique à la médiation, pas cycle de deux ans.

Je n’ai pas besoin de vous dire que cela peut être coûteux et dissuasif pour certains alors que la médiation est un outil indispensable au meilleur fonctionnement de la justice.

C’est pourquoi, dans le cadre de mon bâtonnat, nous allons offrir cinq heures de formation continue en médiation par an, à un coût très faible pour les médiateurs membres du Barreau de Montréal.

Se connecter avec notre histoire

En septembre, nous renouerons avec notre histoire à l’occasion d’une cérémonie émouvante, visant à célébrer l’œuvre d’une vie.

Normalement, nous ne dévoilons pas aussi tôt les détails concernant le récipiendaire de la Médaille du Barreau.

Mais cette année, c’est différent, et vous comprendrez pourquoi nous souhaitons faire exception.

Me Manuel Shacter sera le récipiendaire de cet honneur en reconnaissance de l’ensemble de sa contribution à la communauté juridique de Montréal.

Me Shacter est l’un des associés fondateurs du cabinet que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « McMillan ».  Il était également l’un des fondateurs de l’Association de droit Lord Reading en 1948, et président de celle-ci en 1968.

Manny a apporté une contribution inestimable dans le domaine des droits de la personne – notamment quand il a plaidé la cause Brody, Dansky, Rubin c. La Reine devant la Cour suprême du Canada en 1962.  Ce litige, qui portait sur la censure, est mieux connu comme la cause « Lady Chatterley’s Lover ».

Bâtonnier du Barreau de Montréal en 1987-88, Manny demeure membre du conseil des anciens bâtonniers et nous le consultons encore régulièrement.

À 99 ans, Me Shacter se rend encore au bureau presque tous les jours!

La médaille lui sera remise lors de la Rentrée des tribunaux le 7 septembre prochain.

Et, en parlant de notre illustre histoire…

En 2024, le Barreau de Montréal célébrera son 175e anniversaire.

Plus de détails vous seront communiqués ultérieurement sur les façons dont nous célébrerons cet anniversaire important. Le comité d’organisation des festivités est en place et présidé par Me Vanessa O’Connell Chrétien.  Je suis persuadé que les idées du comité plairont aussi bien aux membres de notre section, qu’au public.

La pratique illégale

Se connecter avec le public est primordial.

Le Barreau de Montréal joue un rôle essentiel dans la protection du public contre les pratiques illégales.

Malheureusement, ces pratiques sanctionnables se déroulent souvent au détriment de certaines des personnes les plus vulnérables de notre société.

Dans le courant de l’année, nous annoncerons plusieurs initiatives audacieuses, afin de sensibiliser la population montréalaise aux pratiques illégales entre autres, en allant directement à la rencontre des personnes les plus souvent visées.

World City Bar Leaders

Un autre événement majeur de l’année de mon bâtonnat sera l’accueil par le Barreau de Montréal de la Conférence des barreaux des grandes villes du monde, le World City Bar Leaders Conference. Cela me donnera l’opportunité de connecter le Barreau de Montréal à l’échelle internationale.

Du 15 au 18 octobre, je présiderai ce prestigieux événement international, qui marquera pour les membres de la conférence, le retour en présentiel.

Ensemble, nous aurons l’occasion d’échanger avec la communauté juridique mondiale. J’ai hâte de mettre en valeur le rôle et les réalisations du Barreau de Montréal et de faire connaître notre ville extraordinaire.

La journée des stagiaires

Enfin, se connecter avec la relève. Le Barreau joue un rôle essentiel dans le rapprochement avec la relève de la communauté juridique.

C’est pourquoi j’ai le plaisir d’annoncer une nouvelle initiative, la Journée des stagiaires, qui sera organisée en collaboration avec le Jeune Barreau de Montréal et la Cour du Québec.

Avec le président du Jeune Barreau de Montréal et un juge de la Cour du Québec, nous leur ferons découvrir les « coulisses » du palais, sous un angle que la plupart d’entre eux n’auraient jamais eu l’occasion de voir. Nous espérons que cette visite privilégiée sera une inspiration pour la carrière qui s’ouvre à eux.

En conclusion, aujourd’hui, plus que jamais, le Barreau de Montréal a l’occasion de jouer un rôle unique de leader.

Ce rôle consiste à tisser des liens pour que nous nous sentions connectés.

À certains égards, le monde post-pandémique que nous connaissons aujourd’hui était impensable il y a à peine quelques années.

La technologie évolue rapidement, nous laissant souvent avec plus de questions que de réponses sur la meilleure façon de rester connectés.

J’invite chacun des presque 17 000 membres du Barreau de Montréal à se joindre à moi pour prendre des mesures qui nous rapprocheront tous un peu plus.

Ensemble, nous avons la possibilité d’avoir un impact positif encore plus important sur les communautés que nous desservons, en développant une meilleure connexion entre nous et avec nos diverses parties prenantes, mais aussi en restant personnellement CONNECTÉS.

David Ettedgui

Bâtonnier de Montréal

Mot de la bâtonnière

Chères et chers membres,

Voici déjà venu le temps de vous dire au revoir. L’année a filé si vite, probablement grâce aux quelque 170 rencontres et activités de tout genre auxquelles j’ai participé. J’ai adoré chacun des moments de cette dernière année. C’est donc avec un mélange de fierté et de mélancolie que je vous écris aujourd’hui pour souligner la fin de mon bâtonnat. Je me sens privilégiée d’avoir occupé le poste de Bâtonnière. Je tiens à remercier l’ensemble de mes confrères et consœurs pour la confiance qu’ils m’ont accordée.

L’année a été riche en événements et en expériences inoubliables. J’ai eu l’occasion de sortir de ma zone de confort, parfois de prendre des risques, de prendre des décisions plus difficiles, et, je l’espère, de grandir, tant comme personne que comme avocate. J’ai également eu l’opportunité de rencontrer des personnes exceptionnelles, des avocats de toutes les spécialités, des juges, des élus, des bénévoles dévoués et engagés. Encore une fois, j’ai été émerveillée par la richesse de notre profession ainsi que par l’engagement et la passion de celles et ceux qui la composent.

Je serais restée plus longtemps pour continuer les projets, mais je pars heureuse – heureuse du travail accompli. Au début de mon mandat, j’ai choisi le thème « Bâtissons l’avenir », soit une invitation à regarder vers l’avenir avec optimisme et à bâtir sur nos valeurs organisationnelles : la diversité, le leadership et l’excellence. À l’image de mon thème, j’ai réellement eu l’impression que c’est ce que nous avons fait chaque jour. Cela impliquait d’investir dans des projets innovants et durables pour répondre à la planification stratégique débutée en 2022.

Et puisque le temps est venu de tourner la page, il est également le temps de vous souligner quelques points saillants de mon mandat.

Mise en vigueur de la planification stratégique

Cette année a été celle de l’amorce de la transformation de la gouvernance. Auparavant, nous avions peaufiné notre planification; cette année, le train s’est mis en marche.

Délaissant nos vieilles façons de faire, nous sommes entrés dans l’ère 2.0 par la création de comités statutaires, soit un comité des ressources humaines et un comité des finances et de l’audit, qui se sont ajoutés aux comités de gouvernance et de positionnement déjà en place. Cela a entre autres permis de continuer à actualiser nos façons de faire. Chaque membre du conseil d’administration a été invité à siéger sur un de ces comités et chaque comité s’est adjoint un avocat externe, spécialisé dans le mandat du comité.

Les comités du Conseil ont travaillé avec ardeur. Cela a permis de revoir et de créer de nombreuses politiques, mais aussi de créer un Profil de compétence de bâtonnier et une matrice de compétence des administrateurs.

Aussi, nous nous étions donné comme mandat de développer et d’adopter une politique de positionnement publique, justifiée par les missions du Barreau de Montréal, notamment la protection du public et de ses membres, ainsi que la volonté de peser dans l’administration et dans l’accès à la justice sur l’île de Montréal. Nous souhaitions renforcer notre position de leader dans la communauté et exprimer haut et fort le point de vue montréalais en défendant les valeurs qui nous unissent et qui nous sont chères. C’est dans cet esprit que le Conseil a travaillé à la mise à jour de sa politique visant à encadrer les interventions du Barreau de Montréal. D’ailleurs, un nouveau pas a été fait dans cette direction en mai dernier, alors que nous exprimions dans la sphère médiatique nos préoccupations quant au projet de loi 96 et ses impacts sur l’accessibilité à la justice. Je peux affirmer aujourd’hui que, bien qu’il ne soit pas clos, ce dossier est sur la bonne voie pour asseoir solidement les bases de notre visibilité et faire connaître notre point de vue, lorsque cela s’avère nécessaire pour les Montréalais.

Finalement, l’introduction de rencontres régulières avec le Barreau du Québec a permis de mieux connaître et comprendre les enjeux rencontrés de part et d’autre.

Grands entretiens

Les nouveaux Grands entretiens de la bâtonnière, que je souhaite pérennes, ont consisté en une série de discussions sous forme de dîners-entrevue avec des avocates et des juges. Réfléchis avec cœur et ambition, ces grands entretiens ont été l’occasion de donner la parole à de grandes dames qui, par leur parcours et par leur vision, ont façonné à leur manière l’écosystème judiciaire montréalais.

J’ai eu le bonheur d’interviewer Me Véronique Hivon, Me Patricia Gauthier, les honorables juges Manon Savard et Marie-Anne Paquette ainsi que la bâtonnière du Québec, Me Catherine Claveau.

Je suis heureuse d’avoir pu mettre en lumière le parcours, les idées et les idéaux de ces femmes. Je souhaite que ceux qui y ont assisté se soient laissé inspirer et qu’ils retiennent l’importance de la persévérance, de la curiosité intellectuelle, du travail d’équipe, de la confiance en soi et de la résilience.

La pratique illégale du droit, un sujet qui demeure d’actualité

Il entre également dans la mission du Barreau du Montréal de prendre les mesures nécessaires pour que les non-avocats ne posent pas d’actes réservés aux avocats. Le Barreau de Montréal tire une grande fierté du travail effectué en ce sens. Afin de mieux s’acquitter de sa tâche, le Barreau a créé un poste d’enquêteur. En plus des enquêtes, cette avocate a le mandat d’identifier des pistes de solutions pour prévenir et réprimer l’exercice illégal et l’usurpation du titre, tel qu’opter pour des alternatives novatrices à la judiciarisation et aller à la rencontre du public et des communautés vulnérables pour mieux les informer et les sensibiliser.

Service d’avocats de garde (SAGE)

J’ai donné le mandat qu’on voit à la réouverture du SAGE, dont l’objectif premier est d’aider les justiciables qui se représentent eux-mêmes en matière familiale. Le recrutement des bénévoles est en cours et les retours sont très positifs. L’engouement créé par l’annonce de la réouverture de ce service au public dans les semaines à venir, aussi bien du côté des avocats que de la magistrature, est palpable et confirme sa nécessité. Les premières journées de soutien au public auront lieu dans les toutes prochaines semaines.

Remise de prix

Médaille du Barreau de Montréal

J’ai eu l’honneur de remettre la Médaille du Barreau de Montréal à l’honorable juge Richard Wagner lors de la Rentrée judiciaire. Et, c’est avec un immense plaisir que, lors de l’assemblée générale, je remettrai le Prix Pierre-Fournier à Me Joey Hanna, bénévole impliqué et qui est devenu au fil des ans, un incontournable de l’animation de la Rentrée des tribunaux au Salon VISEZ DROIT. Ce sera mon tout dernier geste à titre de Bâtonnière.

Remerciements

Je tiens à remercier toutes les employées de la permanence du Barreau de Montréal. Sans vous, aucun des projets n’aurait pu voir le jour. Merci d’être si passionnées et dévouées. Notre réussite est aussi la vôtre. S’il vous plaît, gardez-moi une place près de votre cœur. Je serais heureuse de continuer à travailler avec vous.

Je tiens à remercier chaque membre du Conseil du Barreau de Montréal ainsi que nos membres externes pour le travail accompli dans chacun des comités. Je suis fière de la façon dont nous avons travaillé ensemble. Merci à David Ettedgui d’avoir été mon bras droit tout au long de l’année.

Allez, je vous dis au revoir ! On a fait du bon boulot ensemble ! À partir du 10 mai, ce sera David qui tiendra le bâton !

Julie Mousseau

Bâtonnière de Montréal

Me Joey Hanna : Aller vers l’autre

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Crédit photo : Albert Zablit

Le 10 mai prochain, lors de son assemblée générale annuelle, le Barreau de Montréal remettra à Me Joey Hanna le Prix Pierre-Fournier afin de souligner sa contribution exceptionnelle au Barreau et à ses activités. Me Hanna n’hésite jamais à mettre son talent de communicateur au service de son Barreau, notamment à titre d’animateur et de porte-parole du Salon VISEZ DROIT.

Peu après son assermentation, Me Hanna a commencé à s’impliquer au Salon VISEZ DROIT. C’est sa maître de stage, Me Isabelle Allard, alors présidente du comité, qui l’a initié. Depuis, il est littéralement tombé en amour avec le Salon : « Avec un mélange d’activités juridiques et ludiques, le Salon vise à démystifier le système de justice et surtout à montrer aux gens l’humanité des gens derrière ce système. Le Salon permet de tisser des liens avec les citoyens, mais aussi avec ses collègues, et de voir comment on peut s’aider et travailler ensemble pour développer de nouvelles initiatives. »

Membre du Barreau du Québec depuis 2015, Me Hanna a toujours tenté de concilier son intérêt pour le droit avec sa très grande capacité de rentrer en relation avec son prochain et son désir d’aller à la rencontre de l’autre. Après ses études à l’Université de Montréal, il a fait son stage en droit au bureau d’aide juridique Maisonneuve-Mercier où il a travaillé pendant plus de six ans. Me Hanna y représentait des populations vulnérables aux prises avec des litiges en droit social et familial : « J’étais fier de prêter ma voix à une clientèle marginalisée, ce qui implique bien souvent d’entrer en « relation d’aide » et de faire preuve d’une certaine pédagogie avec ses clients. »

Le droit international a toujours intéressé Me Hanna qui a commencé en 2019 une maîtrise dans ce domaine à l’UQAM. C’est dans ce contexte qu’il a reçu une bourse de ministère des Relations internationales et de la Francophonie pour réaliser un stage au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), lequel lui a permis de décrocher par la suite un poste d’avocat, qu’il a occupé de février 2022 à février 2023. Son passage au HCR l’a notamment amené à prendre la parole dans les médias pour expliquer la situation humanitaire en Ukraine, à animer une conférence sur le développement durable à C2 Montréal, en plus de prendre part à l’élaboration d’une intervention devant la Cour suprême du Canada. Me Hanna souhaite, dans les prochains mois, être déployé à l’international pour les Nations-Unies, tout en continuant à travailler sur son projet de mémoire de maîtrise, où il se penche sur le rôle du droit dans la construction et la perpétuation des inégalités.

Depuis janvier 2022, Me Hanna enseigne aussi à l’École du Barreau le droit des personnes, le droit de la famille et la procédure civile et donne présentement le cours sur le droit des personnes et de la famille à l’UQAM : « L’enseignement me permet de rallier mes champs d’intérêt. Ce que j’aimais à l’aide juridique, c’était de plaider, mais surtout de rencontrer des clients, les sensibiliser à des notions juridiques. Pour moi, l’enseignement, c’est un peu comme le mariage entre le litige et la communication. » Me Hanna est également un grand passionné de lecture et de poésie qui lui permettent d’aller à la rencontre de l’humanité qui l’habite.

Afin de pouvoir un peu redonner tout ce qu’il a reçu, Me Hanna s’implique dans sa communauté. Depuis septembre 2012, il préside le conseil d’administration du Service des Loisirs Sainte-Odile qui offre des activités aux jeunes de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. Me Hanna a jadis fréquenté ce service de loisirs et y a été animateur pendant plusieurs années : « Je crois dans l’intégration par le sport, la culture et surtout par le sentiment d’appartenance à la communauté. C’est ça le cadeau que le SLSO m’a fait et que je veux redonner aujourd’hui. »

Plus jeune récipiendaire du Prix Pierre-Fournier, Me Hanna veut continuer à mettre au service des autres son désir d’aider, mais aussi ses talents de communicateur et de vulgarisateur. Dans ses études, ses implications et ses engagements, il est toujours revenu vers les individus, les quartiers et les communautés qui l’ont fait grandir. Ainsi, pour lui, afin de trouver sa voie, il faut revenir vers son humanité, pour ensuite pouvoir aller vers l’autre.

Le prix Pierre-Fournier est décerné chaque année à une personne qui s’est signalée par sa contribution exceptionnelle au Barreau de Montréal et à ses activités.

Pour voir la liste de ses récipiendaires depuis sa création en 1992, cliquez ici.

Mot de la bâtonnière

Il est vrai qu’au courant de la dernière année, les occasions de revêtir ma toge se sont faites moins nombreuses puisque je ne plaide presque plus. Cela s’explique par le privilège que j’ai eu de devenir gestionnaire d’une équipe extraordinaire. Je suis la cheftaine de ceux et celles qui sont devenus, au fil des 20 dernières années, non seulement mes collègues, mais aussi mes amis. En cette année de bâtonnat, qui aurait pu croire qu’il me manquait de défis? Ce sont maintenant les nombreux événements auxquels je participe qui me donnent l’occasion de porter à nouveau ma toge, à chaque fois avec une fierté renouvelée, je dois dire!

L’automne dernier, j’ai eu le plaisir d’aller voir la pièce Verdict, une œuvre percutante dans laquelle, tour à tour, Marie-Thérèse Fortin et Paul Doucet reprennent des plaidoiries de grandes causes québécoises ayant fait progresser notre société, tout entière, et changé le cours de notre histoire des 50 dernières années. Au début de la pièce, les deux acteurs ont revêtu la toge, devant le public. J’ai admiré le geste. Mes yeux ont souri. Je les ai trouvés beaux; chanceux aussi.  J’adore le théâtre; il permet de réaliser l’importance du geste parce que l’on est en mode arrêt, le temps d’une soirée. Il permet aussi parfois de soulever la poussière qui se pose trop souvent sur notre conscience collective tout en mettant l’emphase sur des détails qui nous auraient autrement échappé. J’ai ainsi pu réaliser encore davantage l’importance du geste : revêtir sa toge est un honneur dont il faut avoir conscience.

D’autres avant nous l’ont fait pour défendre, entre autres causes, la légalisation de l’avortement, la lutte contre le profilage racial, les droits des conjoints de même sexe. La lutte menée par ces individus que nous ne connaissons pas intimement, dont Joyce Echaquan et Henri Morgentaler, donne tout son sens aux mots dignité, égalité et respect. Plus nous acceptons les différences, qui, inévitablement, existent entre les membres d’une société, mieux celle-ci se porte.  En tant que femme, j’ai pris conscience que c’est uniquement en 1971 que nous avons acquis le droit de devenir juré. Ah oui, me dis-je? C’était l’année de ma naissance. Pourtant, je ne vous cacherai pas que certains jours je me trouve assurément encore toute jeune!

La pièce ne fait pas abstraction du fait que notre système de justice soit perfectible. Malgré tout, j’en suis sortie fière de nous. Fière du travail accompli par les personnes nous ayant précédés. Fière d’être avocate. Fière également de notre ouverture d’esprit toute québécoise. Chères consoeurs, chers confères, soyez-le aussi, chaque jour, avec tout le respect que l’on doit aux acteurs du passé, tout en étant tournés vers l’avenir et les défis qui nous attendent. Soyez aussi infiniment fiers de faire partie de cette profession qui fait délicatement évoluer notre société, même si, avouons-le, les enjeux monétaires et technologiques auxquels fait face le système de justice d’aujourd’hui sont énormes! Il faut savoir se renouveler, chacun à notre façon. En ce sens, le Barreau de Montréal fait également sa part : un nouveau site Web plus convivial et une nouvelle infolettre ont d’ailleurs été lancés en février dernier.

Merci et à bientôt,

Julie Mousseau

Bâtonnière de Montréal

Me Marie-Claude Jarry : hors des sentiers battus

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Membre du Barreau du Québec depuis 1992, Me Marie-Claude Jarry pratique en droit bancaire chez Dunton Rainville où elle a passé la majeure partie de sa carrière. Me Jarry a aussi toujours été très impliquée dans sa communauté. Son esprit curieux, mais aussi fidèle aux traditions, l’a guidée tout au long de ses implications.

Après un baccalauréat spécialisé en science politique, Me Jarry complète, également à l’Université de Montréal, ses études en droit. Par la suite, elle fait son stage chez Dunton Rainville où elle devient associée en 2001. Me Jarry se sent très privilégiée et fière d’être la première stagiaire qui a accédé au rang d’associé au sein de son cabinet.

En 2009, Me Jarry est sollicitée pour joindre les rangs d’un important client du cabinet, la Banque de Montréal, afin de prendre la tête de son contentieux pour le Québec. Même si elle trouve la pratique en contentieux intéressante, elle revient à la pratique privée chez Dunton Rainville quatre ans plus tard où elle pratique toujours, principalement en droit bancaire et en droit commercial.

Une avocate impliquée depuis ses tout premiers débuts

Me Jarry commence à s’impliquer dès le début de sa carrière. Au cours des années, elle siège à plusieurs conseils d’administration dont ceux du Centre de santé et de services sociaux Dorval-Lachine-LaSalle, de 2004 à 2010, et de la Régie des installations olympiques, de 2009 à 2013. De 2004 à 2018, elle est également vice-présidente du conseil d’administration de la Fondation Mélio au soutien du Centre de réadaptation Marie Enfant du CHU Sainte-Justine. En ce moment, elle s’implique notamment sur le conseil d’administration du Théâtre de Lac-Brome et du Pavillon Foster, un centre de réadaptation pour les personnes en situation de dépendances.

Me Jarry a toujours eu un intérêt marqué pour l’histoire militaire et les conflits internationaux. En fait, si elle n’avait pas choisi le droit, elle aurait aimé être journaliste. En décembre 2018, elle est nommée première femme Lieutenant-Colonel Honoraire du régiment militaire Royal Canadian Hussars (Montréal) qui est un régiment blindé de reconnaissance constitué de réservistes qui remplissent leur engagement parallèlement à leur vie professionnelle. Son rôle est entre autres de faire un lien entre l’armée et la société civile, dans un souci de maintenir la tradition et de faire connaître la réalité des réservistes. Me Jarry a été marquée par l’importance d’un régiment dans la vie de tous les jours des réservistes : « Ils sont fiers de leur engagement et de leur appartenance à leur régiment qui est un point d’ancrage et une vraie famille. »

Parallèlement à son engagement au sein du Royal Canadian Hussars, Me Jarry est vice-présidente de la section Québec du Conseil de liaison des forces canadiennes. Cet organisme est composé de plus de 140 bénévoles de partout au Canada qui entretiennent des relations privilégiées avec le secteur des affaires, de l’éducation et avec leur gouvernement provincial ou en sont des acteurs eux-mêmes. Ces bénévoles travaillent en partenariat avec l’Équipe de la Défense pour inciter les employeurs, les établissements d’enseignement et d’autres organismes à souligner à quel point le service au sein de la Réserve est précieux pour les collectivités canadiennes et pour la défense du Canada et pour faciliter la conciliation entre une vie professionnelle et une carrière dans la Réserve : « Les réservistes sont des employés formés, qualifiés, loyaux et disciplinés. Dans le cadre de leur formation dans la Réserve, ils développent des qualités exceptionnelles et des aptitudes au leadership qui en font des employés hors normes et fort appréciés. »  (…)

C’est en quelque sorte la curiosité qui a poussé Me Jarry à vouloir toujours s’impliquer sans compter ses heures tout en développant de nouveaux intérêts : « Ma préoccupation a toujours été de faire en sorte que ma carrière et ma vie professionnelle soient des plus intéressantes. Pour que la pratique de la profession demeure agréable et enrichissante, j’ai toujours cherché à élargir le champ de mes interventions et de mes connaissances, ce qui m’a permis d’apprendre énormément sur une foule de sujets et de rencontrer des gens extraordinaires. »

Le succès de Me Jarry dans ses implications est certainement aussi tributaire de la confiance et du soutien de personnes clés, notamment M. Jean-Paul Bouchard, qui était directeur général d’établissements dans le secteur de la santé et des services sociaux, Me Jean-Jacques Rainville, président du conseil de direction de Dunton Rainville, et aussi, et non le moindre, son conjoint des 30 dernières années, Me Paul André Martel.

Même dans ses loisirs, Me Jarry démontre un esprit curieux, mais aussi un intérêt pour les traditions. Cavalière aguerrie, elle pratique l’équitation depuis plusieurs années.


Un double engagement au service des autres


Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Membre du Barreau depuis 1992, Me Marie Christine Kirouack, Ad. E., a su mettre son énergie débordante et contagieuse au service des autres. Son apport au droit familial est impressionnant, notamment par ses nombreux textes de doctrine, ses participations à des commissions parlementaires ainsi que par les formations et les cours qu’elle a donnés au cours de sa carrière. Toutefois, ce dont elle est particulièrement fière demeure sa contribution en matière de santé mentale. Pour ceux qui l’ignorent, Me Kirouack est, depuis 2011, la directrice du Programme d’aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA).

Après avoir complété un diplôme d’études collégiales en lettres et philosophie au Cégep Édouard-Montpetit en 1981 et goûté au marché du travail, elle entame ses études en droit en 1988, à l’Université McGill. Pendant ces années, elle a notamment été la porte-parole du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ), en plus d’avoir agi à titre d’intervenante de première ligne dans un centre de thérapie alternative pour femmes souffrant de maladies mentales. Nul doute que ces expériences de travail ont donné le ton à ses implications et ses engagements futurs.

Une pratique axée sur le droit de la famille

Me Kirouack a toujours pratiqué en droit de la famille. Elle a commencé sa carrière de juriste au sein du cabinet Moisan Lasalle, un bureau uniquement constitué de femmes où elle a été rapidement lancée dans une foule de défis. Elle garde notamment d’excellents souvenirs de Me Pierrette Moisan qui lui a insufflé un esprit de précision et de synthèse.

À partir de 2011, sa pratique a pris une certaine tangente. Elle a commencé à représenter davantage des enfants dans des dossiers en droit familial : « Pour moi, c’est un rôle privilégié de représenter un enfant devant le tribunal et de m’assurer que ses intérêts soient protégés. Une telle pratique permet aussi de faire de l’intervention en santé mentale. »

En plus d’enseigner le droit de la famille à l’Université McGill, de donner des formations et de participer à des commissions parlementaires, Me Kirouack a écrit de nombreux articles de doctrine (plus de 4 000 pages), notamment en matière de filiation et d’autorité parentale. Elle est également l’autrice de deux ouvrages, La réforme de la Loi sur le divorce et le Guide de préparation du témoin.

Toujours engagée, Me Kirouack siège encore aujourd’hui sur le conseil d’administration de l’Association des avocats et avocates en droit familial du Québec, dont elle a été vice-présidente de 1998 à 2005 puis présidente de 2005 à 2013. Pour Me Kirouack, l’avocat en droit de la famille a un rôle social de premier plan à jouer et doit tout faire pour éviter de jeter de l’huile sur le feu, et ce, pour le meilleur intérêt des enfants.

Une intervenante de première ligne

Me Kirouack s’est jointe au PAMBA en 2000. Elle a tout d’abord été adjointe au directeur, Me Guy Quesnel, pendant plus de 10 ans, avant de prendre sa relève en février 2011. Rappelons que, depuis 1996, le PAMBA offre un service d’aide et de consultation pour les avocats victimes d’alcoolisme, de toxicomanie, d’épuisement professionnel, de stress et d’autres problèmes de santé mentale en plus d’être accessible, en toute confidentialité, 365 jours par année, jour et nuit.

Pour Me Kirouack, le PAMBA permet littéralement de sauver des vies : « Avec le temps, j’ai réalisé que ce que je fais au programme est plus important que le reste, dont mes articles de doctrine qui ne résistent pas au temps et qui deviennent en quelque sorte décalés. Nos interventions permettent à des gens de retomber sur leurs pieds et même littéralement de rester en vie. C’est fondamental. Si je regarde mon travail au PAMBA et mon travail comme Ombudsman, je fais probablement une plus grande différence au sein de la société que comme avocate en droit de la famille. »

En mai 2021, Me Kirouack a décidé de prendre un nouveau virage et de mettre sa pratique en droit de la famille de côté pour devenir Ombudsman de l’Archidiocèse de Montréal. Pour elle, ce nouveau défi est une continuation de son engagement dans le domaine de l’intervention de première ligne.

L’engagement social de Me Kirouack, tant au niveau juridique qu’en matière de santé mentale, a été reconnu par la communauté juridique. En 2019, elle a reçu le Mérite du Barreau du Québec pour son apport significatif au développement et à l’avancement du droit de la famille et pour son travail de démystification en santé mentale. En 2014, elle a également reçu le Prix d’excellence du Programme d’aide aux juristes (PAJ) de l’Association du Barreau canadien (ABC) pour son dévouement envers l’amélioration de la santé mentale chez les avocats.

Pour se changer les idées, se détendre et combattre le stress, Me Kirouack se passionne pour les travaux de rénovation : « Poser un plancher de bois franc fait toujours sortir le méchant. » Ce n’est pas tout. Les lundis d’hiver, on peut aussi la retrouver sur les pentes du Mont Saint-Bruno où elle est patrouilleuse de ski.

À l’approche des mois plus gris de l’année, Me Kirouack invite tous les avocats à prendre soin d’eux et à décrocher, mais aussi à ne pas avoir d’idée préconçue sur eux-mêmes et sur leur carrière. Pour elle, il faut saisir les opportunités que la vie nous offre et surtout ne pas s’imposer ses propres limites.

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Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat