14 mai 2026

Me Nicholas St‑Jacques : accompagner au-delà du juridique

Par Pierre-Luc Beauchesne, avocat

Le 7 mai dernier, le prix d’excellence de la bâtonnière a été remis à Me Nicholas St‑Jacques afin de souligner son engagement remarquable envers la protection du public et l’accès à la justice. Membre du Barreau du Québec depuis 2008, Me St‑Jacques pratique en droit criminel, pénal et disciplinaire au sein du cabinet Roy, St-Jacques & Teolis. Depuis près de vingt ans, il s’implique au sein de Projet Innocence Québec, un organisme qui œuvre à dénoncer les erreurs judiciaires, mais surtout qui tente de les réparer.

Me St‑Jacques entreprend des études en droit à l’UQAM sans se sentir, au départ, particulièrement destiné à la profession d’avocat. Sa participation à un concours de plaidoirie change tout : il développe alors un intérêt marqué pour le litige. Après l’obtention d’une maîtrise en droit des affaires à l’Université de Toronto, il effectue son stage chez McCarthy Tétrault, mais il fait un virage important et s’oriente vers le droit criminel et pénal. Il rejoint le cabinet où sa conjointe a elle-même fait son stage et où il pratique encore aujourd’hui.

Durant ses premières années, il travaille très fort et acquiert rapidement beaucoup d’expérience. Sa pratique se concentre sur les crimes économiques, communément appelés white collar crimes. Il a la chance d’être guidé par un mentor, Me Michel Massicotte, avocat reconnu en droit pénal des affaires, qui le prend sous son aile. Aujourd’hui, Me St‑Jacques conseille de grandes entreprises en matière d’enquêtes internes, tout en menant de front plusieurs dossiers judiciaires complexes souvent reliés à des affaires de la fraude et de corruption. Il représente aussi des professionnels de divers milieux devant les instances disciplinaires. Son expertise en appel l’a conduit à plaider à neuf reprises devant la Cour suprême du Canada. La conciliation de mandats aussi variés qu’exigeants constitue un défi constant.

Projet Innocence Québec, c’est une clinique juridique fondée à l’UQAM par sa conjointe, Lida Sara Nouraie, aujourd’hui juge à la Cour du Québec, alors qu’elle était étudiante en droit, afin de venir en aide aux victimes d’erreurs judiciaires. Au fil des années, l’organisme a accompagné de nombreuses personnes un peu perdues dans le système de justice. « Il y a des gens qui ne sont pas capables d’obtenir des services juridiques. Ces personnes ont passé de longues périodes en détention, ont perdu leurs ressources financières et sont souvent fragilisées sur le plan psychologique. Nous essayons d’alléger un peu le poids qu’elles portent. En matière d’erreurs judiciaires, la difficulté tient à l’ampleur des dossiers, qui exigent des années de travail bénévole, avec des chances de succès très minimes. Ça prend des avocats capables de s’investir à très long terme, malgré de faibles probabilités de réussite. »

L’un des objectifs de Projet Innocence est également d’intégrer les étudiants à la pratique et de les sensibiliser à la réalité des erreurs judiciaires. « À chaque étape d’un dossier, il existe un risque d’erreur. Prévenir les erreurs judiciaires repose en grande partie sur le travail des procureurs de la Couronne et des avocats de la défense. Nous voulons faire comprendre aux étudiants qu’ils doivent toujours viser la note 100% lorsqu’ils travaillent dans un dossier : c’est comme ça que l’on minimise les risques qu’une personne soit injustement déclarée coupable. »

Le 19 décembre 2025, l’un de ses clients, Daniel Jolivet, a été remis en liberté après 33 ans de détention. C’est un des plus beaux moments de sa carrière, l’aboutissement d’un travail colossal. Me St-Jacques souligne le courage et le dévouement exceptionnels de sa conjointe, qui a travaillé sur ce dossier dès 2002, jusqu’à sa nomination à la magistrature en 2023.

L’engagement de Me St‑Jacques dépasse le cadre juridique. Lorsque M. Jolivet a été libéré, il l’a invité à souper et à passer la nuit chez lui. On lui a préparé un vrai repas. M. Jolivet souhaitait manger des cigares au chou, un plat que sa mère lui cuisinait lorsqu’il était petit. Par la suite, Me St‑Jacques l’a aidé à se loger et lui a fourni les outils nécessaires à sa réintégration. Ces gestes sont aussi déterminants que les services juridiques qu’il rend et permettent de consolider les acquis. « Il faut accompagner ces personnes afin de leur permettre de se réinsérer dans la société. Aller au-delà du juridique est essentiel pour les aider vraiment. L’accompagnement que nous offrons est presque aussi important que le travail juridique. Sans une réintégration réussie, tous nos efforts risquent de demeurer vains. »

Au fil des années, Me St‑Jacques a reçu de nombreux prix et distinctions. En 2025, il s’est vu décerner le Prix d’excellence de l’AQAAD, conjointement avec Me Julie Harinen, pour la défense de Claude Paquin, acquitté de deux meurtres au premier degré en novembre 2024, un autre dossier qui l’a profondément marqué.

Heureux dans la recherche d’un certain équilibre, il parvient à consacrer beaucoup de son temps à ses trois filles âgées de 6, 10 et 11 ans. Depuis quelques années, il a aussi renoué avec le sport et pratique la boxe plusieurs fois par semaine, ce qui lui permet de décrocher.

Me St-Jacques se trouve très chanceux d’avoir un impact concret sur la vie des gens et croit en l’importance de s’impliquer. Il voit l’implication comme une responsabilité envers le public et les justiciables. Lorsque l’on est en mesure de donner de son temps, il faut le faire. Chacun porte sa part de responsabilité.

Le Prix d’excellence du bâtonnier est décerné annuellement à des membres du Barreau qui se sont distingués, depuis le début de leur carrière, par leur travail et leur engagement envers la protection du public et l’accès à la justice dans le district judiciaire de Montréal. Pour voir la liste de ses récipiendaires, vous pouvez cliquer ici.