Me Karine Péloffy


Me Karine Péloffy : défendre la faune, la flore et la terre de nos enfants
Par Johanne Landry
(Article diffusé le 12 décembre 2017)

La directrice générale du Centre québécois du Droit de l’environnement (CQDE), Me Karine Péloffy, est née avec les préoccupations environnementales tatouées sur le cœur. Fillette, elle voit le film Mon ami Willy, à la fin duquel un message demande aux gens qui veulent aider les baleines de téléphoner. Elle note le numéro puis appelle pour se rendre compte – déception – qu’il s’agissait d’une campagne de financement. « Dans mon innocence enfantine, j’avais cru que j’allais prendre un bateau pour aller sauver des baleines en péril », raconte-t-elle.

Elle jouera toutefois un rôle auprès des bélugas menacés, en 2014, quand elle lèvera la main pour répondre à Me Michel Bélanger, cofondateur du CQDE, qui cherche des volontaires pour l’aider à mener de grands dossiers, dont l’un est une demande d’injonction afin que la compagnie TransCanada cesse les forages géotechniques au large de Cacouna. « Nous avons obtenu une injonction interlocutoire contre les travaux en démontrant qu’il y avait apparence de problème dans l’autorisation gouvernementale qui avait été donnée et un risque véritable aux bélugas dont le site est la pouponnière», relate-t-elle. La compagnie a, depuis, annoncé l’abandon du Projet d’oléoduc Énergie Est. « J’ai eu l’impression de boucler la boucle », confie l’avocate.

« Le parcours de Me Péloffy a de quoi inspirer tous ces jeunes avocats en quête de sens, qui cherchent à être reconnus ou appréciés. Lorsque l’intelligence et les compétences sont combinées à une passion et utilisées aux fins d’un engagement conforme à nos valeurs, le bonheur et la réussite croissent de manière exponentielle », commente Me Christine Aubé-Gagnon qui a proposé Me Karine Péloffy pour la chronique Figures de maître.

Admise au Barreau en 2007, Me Péloffy a commencé sa carrière chez Davies Ward Phillips & Vineberg où une expérience au sein d’une équipe qui a plaidé une cause de 52 milliards $ lui a appris, reconnaît-elle, l’exigence d’excellence ainsi que la pratique de la collaboration dans de grandes équipes. Détentrice d’une maîtrise multidisciplinaire sur la gestion environnementale selon les perspectives scientifiques, économiques, légales et politiques de l’université d’Oxford, elle a travaillé comme avocate des communautés locales des forêts de la région du Congo chez ClientEarth, la première ONG européenne d’avocats engagés en droit de l’environnement. « C’était une approche novatrice que d’utiliser des traités internationaux pour faire valoir les droits des populations locales sur leur forêt. L’expérience a mené à une défaite humiliante, mais il en faut dans un parcours, sinon on a une grosse tête », commente-t-elle.

Revenue au pays après une absence de cinq ans, une association avec le CQDE a semblé toute naturelle à celle qui avait déjà développé une expertise en droit des changements climatiques. Le second dossier pour lequel Me Bélanger cherchait de l’aide, c’était pour défendre la rainette faux grillon de l’ouest, menacée par un projet de développement à Laprairie. « C’est l’une des espèces en péril les plus étudiées et nous avions une preuve scientifique que cet endroit, où il y a plusieurs étangs et une métapopulation de rainettes en bonne santé, avait le potentiel de permettre à l’espèce de se rétablir. Le but de nos lois sur les espèces en péril c’est justement qu’elles se rétablissent », explique Me Péloffy. La cause s’est terminée par le premier décret d’urgence pris par le gouvernement fédéral pour protéger une espèce en péril en terre privée. Et il y a maintenant une zone de 2 km2 qui ne sera pas développée afin que la rainette faux grillon puisse continuer de chanter chaque printemps.

Ses préoccupations actuelles ? Faire des propositions au gouvernement fédéral sur ce qui devrait se retrouver dans l’éventuelle loi sur les protections environnementales et en particulier sur l’inclusion de « test climat » dans l’évaluation de grands projets d’infrastructures; la division des pouvoirs constitutionnels entre les gouvernements provincial et fédéral en matière d’environnement; et outiller les citoyens pour qu’ils deviennent des vecteurs de changements en leur fournissant de l’information juridique vulgarisée.

« La problématique de l’environnement est paradoxale, dans le sens qu’il y a d’une part urgence d’agir, surtout pour la biodiversité et les changements climatiques. Notre survie à long terme en dépend. Et d’autre part, il faut beaucoup de temps pour se parler, trouver des consensus, rassembler les efforts, engager tout le monde à se mobiliser », dit Me Péloffy, ajoutant que le droit de l’environnement n’a pas encore suffisamment pénétré les autres domaines comme le droit commercial, celui des assurances, de l’immobilier ou les droits de la personne et que cela constitue une avenue de développements futurs pour la profession.

« Je suis impressionné par la qualité des avocats qui, comme Me Péloffy, font l’objet de cette chronique. Des exemples inspirants pour toute la confrérie qui démontrent bien qu’avec de la détermination, on peut changer les choses », conclut le bâtonnier Brian R. Mitchell.