Me William Brock


Me William Brock : 5000 jours de gratitude
Par Mélanie Dugré, avocate
(Article diffusé le 9 octobre 2018)

William Brock a raconté son histoire des centaines, voire des milliers de fois. En cette veille du 14e anniversaire de son diagnostic de cancer, il la raconte à nouveau pour les fins de cette chronique, avec l’émotion et la fougue d’un premier récit.

Septembre 2004. Me William Brock, 49 ans, mène une épanouissante carrière d’avocat de litige chez Davies, le cabinet où il exerce depuis son admission au Barreau en 1979. Ayant choisi le droit, « to do something of my own », après avoir décliné l’invitation de son père de se joindre à l’entreprise familiale spécialisée en chauffage et exclu un parcours en médecine comme ses deux frères, William entreprend des études de droit à McGill après avoir obtenu un baccalauréat en administration. Il entame sa pratique chez Davies – qu’il qualifie de « New-York Yankees of the legal profession » – en droit corporatif et transactionnel, avant de bifurquer vers le litige, à la recommandation de mentors ayant identifié chez lui un talent naturel pour argumenter et faire valoir ses points de vue. La suite est une succession de mandats complexes et passionnants, qui l’ont amené à plaider jusqu’à la Cour suprême du Canada à plusieurs occasions.

Début septembre 2004, donc, William se sent fatigué et souffre de douleurs à la poitrine. Il songe au pire, son père étant décédé sept ans auparavant d’une leucémie myéloïde aiguë, à peine six semaines après avoir reçu son diagnostic. Tentant de se faire rassurant, son médecin de famille le réfère néanmoins à un hématologue. Le 21 septembre 2004, ses globules blancs, en chute libre depuis plusieurs semaines, sont au compte alarmant de 500, ce qui fait de lui une « bombe à retardement sur deux pieds ». Une douloureuse ponction lombaire et une interminable heure d’attente plus tard, le diagnostic de leucémie aiguë myéloblastique tombe, balayant les certitudes et la candeur de William Brock.

Engourdi, ébranlé et affaibli, William subit plusieurs cycles de chimiothérapie jusqu’en décembre. On lui annonce alors que son cancer aigu est associé à une durée moyenne de rémission de seulement huit mois et que son seul espoir réside en une greffe de moelle osseuse ou cellules souches.

Il se précipite donc autour du monde, à la recherche des meilleurs spécialistes, pour découvrir que les plus grandes sommités se trouvent chez lui, à Montréal, à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il y fait la connaissance de Dr Jean Roy qui, le 17 février 2005, contribue à sauver la vie de William en transplantant dans son corps malade les cellules souches de son frère Gordon, identifié comme donneur compatible.

S’ensuit une longue et difficile remontée de deux années, consacrées à refaire ses forces et se remettre sur pied, un petit pas à la fois. Si William enfile à nouveau la toge en septembre 2005, un an après le diagnostic qui a bouleversé sa vie, ce n’est qu’à la fin de 2006 qu’il se sent pleinement rétabli.

Issu de la communauté juive où la philanthropie est une valeur phare, William Brock souhaite donner un sens à la douloureuse expérience qu’il vient de traverser. Dr Jean Roy lui lance alors le défi de trouver un million pour la recherche. William plonge et contribue à établir le Fonds d’enseignement et de recherche sur les cancers du sang qui deviendra ultérieurement, grâce à des dons totalisant 2,5 M$, la Maryse and William Brock Chaire de recherche appliquée en greffe de cellules souches de l’Université de Montréal.

En 2010, William Brock célèbre le cinquième anniversaire de sa greffe en parcourant à vélo la route séparant la mer Atlantique en France au village natal de ses grand-parents près de Budapest, en compagnie de gens qui lui sont chers, incluant plusieurs membres de son équipe médicale, qui le rejoignent à différentes étapes de son parcours. Il répétera l’expérience en 2015, cette fois dans le sud de la France et au Portugal, afin de souligner son 10e anniversaire de survie. Ces périples lui permettent par ailleurs de lever des fonds pour la chaire de recherche, ce qu’il fait également en participant à diverses courses caritatives.

Fort de ses succès, William souhaite faire plus. Il recherche le contact humain, sur le terrain. Passionné de photographie depuis plusieurs années, il publie donc, en décembre 2012, le magnifique et bouleversant recueil Portraits d’espoir racontant, à travers d’émouvantes photos et des propos sentis, l’histoire de survivants de la leucémie à qui une greffe de moelle osseuse a donné une nouvelle chance. Un deuxième ouvrage sera publié dans les prochains mois, et on y retrouvera à nouveau textes et photos autour de témoignages poignants de survivants du cancer.

Si William Brock investit tout son cœur dans ces projets philanthropiques d’envergure, il demeure tout aussi dévoué à la pratique du droit. Il éprouve un respect sincère et une foi profonde en notre système de justice. « Judges may not always be completely right, but they always want to do the right thing », souligne celui qui a reçu le titre d’Avocat émérite en 2009. Il s’enthousiasme à l’idée d’aider ses clients, de bâtir ses stratégies et de préparer ses plaidoiries.

Cette vie plus que remplie, William Brock en savoure chaque instant. Le cancer l’a rendu plus déterminé que jamais à rendre sa vie utile et pertinente, d’où un désormais insatiable appétit de vivre, de découvrir et de s’accomplir. Il compte d’ailleurs vivre un moment unique en juillet 2020 alors qu’il célébrera ses 15 ans de survie en dirigeant un groupe jusqu’au sommet du Mont Kilimanjaro dans le but de recueillir une somme additionnelle d’un million pour la recherche.

À travers ce rythme effréné, William demeure animé d’un vibrant sentiment qui l’habite depuis ce 17 février 2005; une immense reconnaissance envers ceux qui ont levé des fonds, créé des protocoles de recherche et dirigé des essais cliniques, ainsi qu’envers ceux qui ont directement contribué à lui sauver la vie; son frère Gordon et toute l’équipe médicale de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. William Brock est catégorique : « Le jour de la greffe, c’est ce qu’on appelle le jour zéro, le premier jour de ta deuxième vie. C’est vraiment comme cela, une deuxième vie ». En date du 26 octobre 2018, William Brock célèbrera le 5000e jour de cette deuxième vie qu’il espère encore longue, heureuse, épanouie et qui sera éternellement teintée de l’infinie gratitude du survivant.