Me David-Emmanuel Roberge




Me David-Emmanuel Roberge : quand Albert Camus mène au droit

Par Mélanie Dugré, avocate

(Article diffusé le 27 octobre 2020)

Natif de Montréal, Me David-Emmanuel Roberge s’est senti, dès son jeune âge, interpellé par des enjeux de justice et d’égalité. Passionné par la plume d’Albert Camus, il ne saurait trop dire si cet intérêt était nourri par sa propre différence, qu’il sentait poindre, mais au demeurant, son enthousiasme pour les grands débats de société ne laissait aucun doute dans son esprit.

Ce n’est pourtant pas à des études en droit que se destinait le jeune David, qui ne provient pas d’une famille de juristes. Déjà rédacteur pour le journal étudiant au secondaire et au Cégep et pigiste à ses heures, son chemin est tout tracé vers le journalisme et il bénéficie déjà du mentorat de Rachel Duclos, journaliste au Devoir.

C’est justement sa mentore qui lui conseille d’élargir son horizon avec une formation plus générale, comme l’économie, le droit ou les sciences politiques. Fort de cette recommandation, David fait son entrée en droit à l’Université McGill et c’est là, de son propre aveu, le début d’une grande passion. « J’ai été charmé par la profondeur de l’analyse juridique, l’étude de grands enjeux légaux et la richesse des échanges avec des collègues provenant de communautés et de pays variés ».

Après un échange étudiant à Édimbourg en 1999, David entame une carrière au sein du cabinet McCarthy Tétrault, carrière qui se poursuit à ce jour et qui lui permet d’œuvrer en matière de responsabilité professionnelle, d’actions collectives et de droit de l’environnement.

C’est d’ailleurs entre les murs de ce cabinet que l’auteure de ces lignes croise le chemin de Me Roberge dans les années 2000, ayant le privilège, à titre de collègue, d’être témoin de ses réflexes juridiques aiguisés, de son immense gentillesse ainsi que de son ouverture et sa disponibilité.

Au fil des années, Me David-Emmanuel Roberge est impliqué dans des dossiers très variés, tous porteurs d’une histoire. Évidemment, demeure marquant son passage à la Cour suprême dans le dossier Godbout c. Pagé en 2017 sur l’interprétation de la Loi sur l’assurance automobile, tout comme un dossier d’action collective où la Cour est intervenue pour faire cesser un abus flagrant des ressources judiciaires par la partie adverse.

Bien conscient de vivre sur la planète des privilégiés, où des clients sophistiqués ont les moyens de lui permettre de creuser les questions juridiques, David ne ferme jamais les yeux sur la réalité des moins nantis. Au contraire, en fait, puisque ces enjeux sociaux sont au cœur de son implication sociale et de son désir de faire une différence.

Ne cachant pas son appartenance à la communauté LGBTQ2, Me Roberge s’implique très tôt dans sa carrière, de façon pro bono, auprès d’organismes soutenant les personnes vivant avec le VIH/sida, qui sont par ailleurs victimes de discrimination.

Fidèle partenaire d’Avocats sans frontières, il participe également, en 2009, à une mission internationale de formation en droit de l'environnement à l'Université d'État d'Haïti, ce qui lui vaut un prix Zenith pro bono décerné par la revue Lexpert.

Une autre cause chère au cœur de David est celle de l’aide médicale à mourir, bien qu’elle fasse résonner de douloureux souvenirs. « À peine assermenté, j’ai vu mon père de 57 ans être emporté dans l’espace de trois mois par un cancer foudroyant et j’ai été catapulté dans une réflexion précoce sur la mort et la dignité ».

Bien avant l’arrêt Carter de la Cour suprême et les lois québécoise et canadienne sur le sujet, Me Roberge participe au groupe de travail créé par le Barreau du Québec et siège, encore à ce jour, au groupe de l’ABC qui surveille les développements dans ce domaine hautement d’actualité. Sur le thème du soutien aux personnes vulnérables, il s’implique également au sein de la Société Alzheimer de Montréal.

Souvent abordé lorsqu’il est question d’égalité, l’enjeu de l’accès à la justice préoccupe David Roberge et à titre de membre du comité de liaison du Barreau de Montréal avec la Cour supérieure en matière civile, il espère arriver, en collaboration avec ses collègues, à faire progresser le débat et à proposer des solutions durables qui favoriseront un meilleur accès à la justice pour tous les citoyens.

Jamais bien loin dans la tête de David se trouve cette citation de la juge Abella : « Nous sommes tous limités par ce que nous ne connaissons pas et par ce que les autres ne connaissent pas. La connaissance apporte la compréhension, la compréhension apporte la sagesse, et la sagesse apporte la capacité de favoriser l’existence de la justice. » (tiré de « L’identité et la diversité : l’essence de l’égalité », Cahiers de droit, vol. 58, déc. 2017).

Ces sages paroles résument pour Me Roberge l’essence de ce que représente pour lui l’implication sociale et professionnelle. « Le discours sur l’inclusion n’est pas un outil de marketing. C’est une véritable invitation à aller à la rencontre de l’autre, à s’enrichir de son histoire et à accueillir et célébrer les différences afin de faire évoluer notre pensée ». Albert Camus et sa notion de « juste mesure » ne sont jamais trop loin dans son esprit non plus et nourrissent sa quête d’équilibre.

Une vieille âme remplie de sagesse et de sérénité habite Me David-Emmanuel Roberge. S’il s’estime un homme heureux, il n’hésite pas à souligner la présence dans sa vie d’êtres chers qui contribuent largement à son bonheur. Son mari italien, dont il a appris la langue et la culture, et de riches amitiés caractérisées par la diversité ethnique, culturelle et religieuse. En parallèle à sa solide carrière d’avocat, il souhaite poursuivre sur cette route de la découverte de l’autre tout en continuant de contribuer à la communauté. « Je reçois beaucoup plus que je donne à travers mon implication sociale et cet apport est fondamental à mon épanouissement », conclut-il.