Retraite méritée pour une grande dame


Par Mélanie Dugré

Des coeurs se sont serrés lorsque celle qu’on appelle la « maman » du Barreau, Gislaine Dufault, a annoncé son départ du Barreau de Montréal pour septembre 2022. Dès jeudi, elle entamera un nouveau chapitre de sa vie : celui de la retraite! Non pas que cette retraite soit prématurée après 36 années de loyaux services, mais la perspective du vide qu’elle laissera derrière elle donne le vertige à tous ceux qu’elle côtoie et dont elle égaye le quotidien.

Arrivée au Barreau de Montréal en 1986 pour ce qui devait être un emploi temporaire pendant ses études aux HEC, Gislaine n’est jamais repartie et a plutôt succédé à Mademoiselle Andrée Adam, sa prédécesseure qui a occupé le poste de secrétaire administrative pendant 51 ans. « Mademoiselle Adam, en plus de me transmettre sa passion pour la langue française, m’a tout appris des rouages du Barreau de Montréal », explique Gislaine. La table était donc mise pour une carrière riche et stimulante, qu’elle a néanmoins parfois songé à quitter. « Chaque fois que mon entrain s’essoufflait, de nouveaux projets m’étaient offerts et ravivaient la flamme et ma passion pour mon travail », témoigne-t-elle.

Gislaine peut compter par centaines le nombre d’avocats avec qui elle a travaillé et collaboré au cours de sa carrière au Barreau de Montréal. Néanmoins, c’est toujours avec son légendaire enthousiasme et la même chaleur humaine qu’elle a accueilli tous ceux qui se sont joints à l’organisation à titre de bénévoles ou d’employés au fil des années. Gislaine est d’ailleurs connue pour son esprit d’équipe et la façon, toujours éloquente, qu’elle a de mettre les réussites de ses collègues à l’avant plan, de souligner leurs bons coups et de les faire briller.

Il faut dire que Gislaine aime les avocats. Elle a une énorme admiration pour ces citoyens impliqués, qui donnent de leur temps de mille et une façons. Elle constate que peu de professionnels font autant de travail pro bono que les membres de la profession juridique. Elle ajoute avoir toujours senti un grand respect de la part des avocats qu’elle a côtoyés. « Je n’ai jamais perçu de réserve ni d’hésitation parce je n’étais pas moi-même avocate. Au contraire, je me suis toujours sentie comme une des vôtres grâce à la confiance qui m’a été accordée ».

Le rôle qu’a occupé Gislaine au Barreau de Montréal exigeait sans contredit une grande capacité d’adaptation. En plus de vivre le règne de trois directeurs généraux très différents les uns des autres, elle voyait arriver chaque année un nouveau « patron » sous le visage du bâtonnier ou de la bâtonnière, chacun ayant ses projets, sa vision et ses aspirations. Gislaine devait lui offrir soutien et appui dans la réalisation de ses objectifs sans pour autant négliger la mission et l’intérêt du Barreau de Montréal. Elle a tenté de demeurer ouverte à toutes les idées soumises, même les plus farfelues, car oui, il y en a eu!

Tous confirmeront néanmoins combien la délicatesse et la diplomatie sont des valeurs phares pour Gislaine et elle a toujours excellé dans l’art de préserver, avec élégance et doigté, les orgueils et les susceptibilités. « Avoir dû, faute de ressources humaines ou financières, freiner les ardeurs de certaines personnes remplies de bonnes intentions a probablement été l’aspect le plus difficile de mon travail », précise la principale intéressée, qui a toujours eu à cœur le bonheur de ses troupes.

Questionnée sur les gens et les événements qui ont été marquants pour elle, plusieurs noms viennent à l’esprit de Gislaine, au premier plan ceux de feu Pierre Fournier et de Richard Wagner. Le premier lui a littéralement « donné des ailes » et son inébranlable confiance en elle lui a notamment permis de développer une application de gestion des diverses activités du Barreau de Montréal qui aura servi pendant 17 ans. Le second, aujourd’hui juge en chef de la Cour suprême du Canada, est devenu, au cours de ses années de bénévolat et de son mandat de bâtonnier, son « très honorable adorable » ami et un précieux complice. En réaction au départ prochain de Gislaine, Monsieur le Juge en chef précise d’ailleurs : « Gislaine a toujours été excessivement engagée envers les membres du Barreau de Montréal et a traité chacun d’entre eux avec considération et bienveillance. Avec Gislaine, sourire et humour étaient constamment au rendez-vous, sans que soient négligés la rigueur et le professionnalisme. Je retiens surtout le rôle d’ambassadrice du Barreau de Montréal qu’a joué Gislaine à travers les années ainsi que l’image positive et la solide réputation dont l’organisation jouit auprès des tiers, dont la magistrature et les dignitaires, grâce à son travail remarquable ».

Le Salon VISEZ DROIT, un événement annuel incontournable où plus de 200 bénévoles mettent la main à la pâte, est quant à lui une des plus grandes fiertés de Gislaine. « Chaque année, il s’y produit de petits miracles grâce aux avocats qui y donnent de leur temps par générosité et altruisme, donnant ainsi à la profession juridique toutes ses lettres de noblesse », note Gislaine.

En octobre 2021, Gislaine Dufault a accepté l’offre du bâtonnier Extra Junior Laguerre en prenant les rênes du Barreau de Montréal à titre de directrice générale. Au cours de son bref mais mémorable mandat, Gislaine a fait preuve d’un leadership exemplaire en ralliant ses troupes avec rigueur, persévérance, bonne humeur et bienveillance. C’est un Barreau de Montréal solide et prêt pour de nouveaux défis qu’elle lègue à sa successeure, Me Tamara Davis.

Un autre moment marquant dans la carrière de Gislaine fut ce soir de mai 2018 où elle a éteint la lumière pour la dernière fois dans le bureau qu’elle a occupé pendant plus de 32 ans au 9e étage du Palais de Justice de Montréal. « J’ai repensé à tous ces matins où je voyais le soleil se lever et sa lumière se refléter sur les murs, créant chaque fois des formes et des images différentes. La vue du majestueux fleuve St-Laurent, du cycle des saisons et de tous les phénomènes météorologiques imaginables m’a accompagnée au fil des joies et des peines personnelles et professionnelles que j’ai vécues pendant toutes ces années », se souvient-elle avec émotion en racontant combien le déménagement de « l’autre côté de la rue Notre-Dame » a été significatif pour elle.

Ceux qui ont eu la chance de connaitre Gislaine de façon plus personnelle ont été témoins de sa grande humanité ainsi que de sa profonde tendresse et de son indéfectible dévouement envers sa famille. On sent l’amour transpirer des anecdotes impliquant son « épouxstouflant » et ses beaux grands enfants. Avec ses sœurs adorées, elle a par ailleurs pris soin de sa maman et l’a accompagnée pendant ses dernières années de vie en faisant de cette mission une priorité.

On ne saurait d’ailleurs passer sous silence la grande résilience de Gislaine; son habileté à voir le bon grain dans le champ d’ivraie et à transformer en délicieuse limonade les citrons que lui a lancés le destin. Tout problème avait nécessairement sa solution et on pouvait toujours compter sur Gislaine pour la trouver, voire la tailler sur mesure au besoin.

Mon chemin a croisé celui de Gislaine Dufault en 2010 et de cette rencontre est née une relation unique nourrie par un respect et une affection mutuelle qui ont teinté la réalisation de nombreux projets inspirants au cours de la dernière décennie. Je chéris le souvenir de moments sérieux et de dur labeur, mais aussi d’instants de folie et de merveilleux fous rires.

Généreuse et lumineuse Gislaine; l’ensemble des membres du Barreau de Montréal se joignent à moi pour te remercier pour ton immense loyauté envers cette organisation au cours des 36 dernières années. Bénévoles du Barreau de Montréal, nous sommes privilégiés d’avoir croisé ta route et d’avoir eu le plaisir de collaborer avec toi au fil des années et des projets. Que cette nouvelle étape de ta vie soit faite de petits et grands moments de bonheur auprès de ceux que tu aimes et qui te sont chers.