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20 février 2018
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- Copyright – Canada and the United States: Top 10 Differences (Rediffusion)

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Par cette chronique, le Barreau de Montréal souhaite mettre en lumière des avocats inspirants, auteurs de réalisations exceptionnelles et qui, à travers leurs actions, contribuent à faire rayonner la profession. Vous connaissez une Figure de Maître? N’hésitez pas à soumettre sa candidature.

Me Harry Pierre-Étienne : persévérer avec le sourire

Par Mélanie Dugré, avocate


Harry Pierre-Étienne a quitté son Haïti natale en 1972. Il se souvient de la beauté des paysages et d’une adolescence un peu naïve, marquée par le lourd silence imposé par la dictature de Jean-Claude Duvalier et la peur ambiante.

Arrivé au Québec pour y rejoindre un frère et une sœur, il tombe sous le charme de Montréal en se roulant dans la neige, malgré la forme agressive de glaucome dont il est déjà atteint.

L’année suivante, ayant définitivement perdu la vue, Harry doit quitter son école pour poursuivre son parcours scolaire à l’Institut Louis-Braille. Il y apprendra l’art de se déplacer et le braille, défi de taille considérant un manque de sensibilité aux doigts dû à une pratique intensive de judo. Désormais porteur d’une canne blanche, il retrousse ses manches et apprend rapidement à vivre avec sa réalité. Une certaine dose d’autodérision lui permettra de composer avec le regard pesant de certains. À un passant qui lui demandait s’il utilisait une canne blanche « pour le vrai ou pour le fun », il répondra le plus sérieusement du monde : « pour le fun, évidemment ».

Harry apprend à la dure que la plupart des lieux publics sont mal adaptés aux gens ayant des problèmes de mobilité ou des handicaps. Les défis sont encore plus grands au moment d’assister à ses cours et de consigner des notes, ce qu’il réussira grâce à un système de magnétophone à cassettes, utilisé en répétant à voix basse les propos des enseignants.

DEC du cégep Ahuntsic en mains, Harry s’interroge sur la suite de son parcours. Un incident déterminera son choix entre droit et histoire : courant pour rejoindre l’autobus, il frappe accidentellement, avec sa machine à écrire le braille, une voiture garée partiellement sur le trottoir. Appelés par l’automobiliste en colère, les policiers interviennent de façon malhabile en intimant à Harry, qui tentait de s’expliquer, de cesser de gesticuler. Pour se sortir du pétrin, ce dernier invoque l’existence d’un pseudo-règlement municipal interdisant de stationner sur le trottoir. L’argument, en plus de clore le bec aux policiers et de régler l’incident à l’amiable, permet au jeune Harry de se découvrir un intérêt pour l’argumentation et la défense des droits.

Il entreprend donc un baccalauréat à l’Université de Montréal et fait de l’accessibilité son cheval de bataille, ayant constaté que le campus universitaire présentait de sérieux problèmes d’accès au matériel pédagogique et aux différents pavillons. En 1982, il obtient une subvention dans le cadre du programme « Canada au travail » pour sensibiliser la direction de l’Université aux embûches rencontrées par les étudiants handicapés. En plus de publier des articles dans Le Pigeon Dissident et Le Forum sur ce sujet, il fonde l’Association des étudiants handicapés de l’Université de Montréal.

Quelques décennies plus tard, de passage sur le campus, Harry a été ému de voir l’ampleur des modifications apportées au fil des ans, dont plusieurs faisaient suite aux recommandations qu’il a émises à titre de conseiller technique pour l’Université, poste qu’il a occupé jusqu’en 1986.

Après l’École du Barreau, Harry doit se soumettre au difficile exercice de sollicitation d’un stage. Si tous ont salué son courage et sa persévérance, aucun ne lui a offert un stage. Troublé par ce constat, il modifie sa stratégie au moment de passer une entrevue au Bureau des substituts du procureur général du Québec (devenu le Bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales) et demande d’entrée de jeu que les questions portent sur ses compétences en droit et non sur son handicap. Sa stratégie a porté ses fruits puisque Harry est au DPCP depuis plus de 30 ans. Conscient du travail et du pouvoir conférés à la fonction qu’il occupe, il aime se rappeler les paroles de sa mère : « Il est agréable d’être important, mais encore plus important d’être agréable. »

Pour Harry, le DPCP se compare à une grande famille où, malgré des conflits occasionnels, les liens sont tissés serrés. Parmi les grands moments de sa carrière, il souligne le privilège qu’il a eu de plaider devant la Cour suprême du Canada dans l’affaire R. v. Strecko (2009) 1 RCS 64. Après l’acquittement prononcé par la Cour du Québec, convaincu que le juge de première instance avait mal appliqué les règles de droit, il a demandé à la Cour d’appel d’infirmer la décision de première instance et de la substituer par un verdict de culpabilité. Celle-ci a fait droit à sa demande, décision confirmée par la Cour suprême. Bien qu’il n’ait pu partager cette victoire avec la victime, décédée en cours de procédures judiciaires, il éprouve le sentiment du devoir accompli.

Sportif — il détient sa ceinture noire en judo — ses prouesses lui valent en 1977 le prix Sylvio Cator, ainsi nommé en hommage à un Olympien haïtien, un modèle d’énergie et de réussite.

Impliqué dans sa communauté, il a fait partie du comité d’éthique de Judo Canada, a participé à la fondation du Congrès des avocats et juristes noirs du Québec, a été à la tête de l’Association des avocats et notaires noirs du Québec — qu’il souhaiterait ardemment voir revivre — et a siégé comme commissaire à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec.

Son apport à la société lui a valu le prix d’excellence de la communauté haïtienne (1988), notamment pour la présentation de chroniques juridiques à la station de radio CIBL, et le titre de Citoyen d’honneur de la Ville de Montréal (1998).

Harry Pierre-Étienne jette un regard serein sur ses 30 ans de carrière. Il entretient néanmoins deux souhaits pour l’avenir : que les différents barreaux s’adaptent aux besoins et à la réalité des handicapés visuels en exploitant notamment les nouvelles technologies, et que la porte du DPCP reste ouverte à toute personne vivant une situation de handicap.

Espérons que le virage vers la numérisation qu’a l’intention de prendre le ministère de la Justice permette aux décideurs de reconnaître qu’une ouverture vers l’accessibilité est incontournable.

 

 

 

 
 
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