Me Paul G. Brunet


Me Paul G. Brunet : porte-parole du Conseil pour la protection des malades
par Chantal Sauriol, avocate*

Dans les années 50, à Montréal, un jeune garçon de sept ans ne se remet pas d’une méningite cérébro-spinale, qui le laissera paraplégique. Le père de Claude, Arthur Brunet, vendra ses deux propriétés pour faire soigner son fils à la clinique Mayo aux États-Unis, sans succès. Ce qui n’était que la tragédie d’une famille et d’un individu, sera le point de départ d’une action qui changera les choses de la vie de milliers de malades au Québec.

Claude Brunet, d’abord de son fauteuil roulant, puis de son lit roulant – on devra l’amputer d’une jambe à l’adolescence – va visiter ses compagnons dans leur chambre, les écoute, se renseigne sur leurs conditions de vie. Il commence à faire des représentations auprès de la direction. Il est vite reconnu comme le porte-parole des malades, surtout les chroniques, ceux dont la vie se passe entièrement dans les institutions de santé. Il écrira 3 livres, le premier en 1970, Ma souffrance, Ma contestation en 1972, enfin, Nous les oubliés, véritable dossier-charge sur les malades, en 1976.

Très alerte intellectuellement, Claude Brunet sera un autodidacte qui mettra ses connaissances au service de la cause qui l’anime. Car c’est bien d’une cause qu’il s’agit: Le Comité provincial des Malades qu’il mettra sur pied en 1972 avec d’autres malades chroniques, s’attaquera de façon opiniâtre à trois objets: l’information, la défense et la promotion des droits des malades et de leur dignité. Leur premier local sera un presbytère, ensuite, pendant 20 ans, le Complexe Desjardins. En 1993, le Comité, devenu le Conseil pour la protection des malades, a élu domicile au 420 de la Gauchetière.

L’action du Conseil a eu des résonances: l’Office de protection des handicapés du Québec est né du même mouvement: on y fait la promotion de l’intégration de la personne handicapée dans la société.

Claude Brunet est décédé en 1988. Son combat a été repris par d’autres fervents de l’amélioration de la condition des malades. Son jeune frère Paul, avocat depuis 1982, s’est toujours impliqué dans le Conseil, avec tous ses frères, depuis leur tendre enfance. Plus tard, au-delà de sa pratique d’avocat – d’abord en pratique privée, puis dans les contentieux et à la direction de municipalités – il visitait son grand frère à l’Hôpital St-Charles Borromée, et prenait conscience très tôt du sort réservé aux plus mal pris de ses semblables. Cela forge le caractère et dessine les priorités. Leur mère, Marguerite, infirmière comme ses deux sœurs, Pauline et Françoise, est de celles qu’on appelait une «femme forte de l’Évangile». De par sa profession, très connaissante du milieu hospitalier et des conditions de vie des malades, elle a influencé ses fils qui tous ont œuvré au Conseil, et y travaillent encore. À Paul est revenue la tâche de reprendre le flambeau, puisqu’il est le porte-parole officiel du Conseil, depuis le décès du président Paul-Marcel Dessane, l’été dernier.

Le Conseil a une structure élaborée, avec une permanence, un conseil d’administration dont la majorité des membres doivent être des résidents des centres ou des bénévoles, enfin une assemblée générale des membres. Il possède son journal, Œil de feu, publication trimestrielle, distribuée gratuitement dans quelque 300 centres à travers la province. Et surtout, surtout, un horaire quotidien chargé: plus d’une centaine de demandes par jour, qui vont de la simple information, des plaintes pour repas tièdes – ou immangeables! – ou de familles qui reprochent au médecin d’avoir «débranché» leur mère sans les prévenir. Le Conseil agit comme conciliateur entre les familles et les centres pour rapprocher les positions.

Le rapport annuel de 1999 fait état des préoccupations particulièrement aiguës dans le contexte si alarmant des coupures dans les soins de santé: par exemple, la situation de résidents d’établissements de santé qui, à cause des coupures dans le personnel, ne reçoivent qu’un bain ou une douche par semaine. Imagine-t-on les risques des répercussions à la fois physiques et psychologiques que ne peut qu’entraîner cet état de choses? Paul Brunet et ses collègues du C.P.M. ne font pas seulement les voir, ils les appréhendent. Les rapports avec les syndicats se sont beaucoup améliorés: les employés des établissements sont eux-mêmes victimes d’un état de crise où ils se retrouvent de moins en moins nombreux à répondre aux besoins des personnes malades. Le Conseil est intervenu au fil des ans, non seulement pour lutter contre les grèves, mais pour plaider pour de meilleures conditions de travail et de salaires pour les employés. Il n’en demeure pas moins que les revendications – appelons les choses par leur nom – des «usagers» des soins de santé ne peuvent pas toujours être remises aux calendes grecques. D’autres difficultés doivent être rappelées aux autorités, de façon récurrente: le déneigement des trottoirs et des rues, le respect des horaires du transport intégré, les facilités extérieures à aménager.

C’est dans cette lutte constante, où il faut arracher des concessions, de petites victoires, dirons-nous, au système, que se déroulent les journées de Paul Brunet. Bien qu’il ne soit aux commandes du C.P.M. officiellement que 10 heures par semaine, et qu’il doive consacrer son temps à son travail d’avocat, en réalité, c’est beaucoup plus qu’il donne à cette action, œuvre de son frère Claude et des autres fondateurs du Conseil. Avec ses frères, il faut le dire, et les employés, en plus de répondre à des besoins ponctuels, il sollicite des appuis, organise des événements comme le tournoi de golf annuel, répond à des sollicitations d’individus ou de groupes, même non affiliés au C.P.M.

Le Conseil est aux prises avec un épineux problème d’argent. Il accumule un déficit de 30 000$ par année. Des programmes de contribution sont offerts: le donateur peut choisir l’action dans laquelle il veut investir, telle la formation des malades eux-mêmes, pour qu’ils apprennent à se défendre. Le Conseil reçoit tout le monde, dans les deux langues officielles. C’est ainsi que le C.P.M. s’est acquis une crédibilité dans le réseau de la santé, et connaît maintenant une envergure nationale.

Pendant ses vacances, Me Brunet fait une tournée des centres à travers la province. Il parcourt une région par été. À cause de la précarité des moyens du Conseil, ses dépenses sont assumées par les gens qui l’accueillent. Est-il un sauveur, un héros, un modèle? La question ne l’intéresse pas: il a toujours connu son grand frère Claude handicapé, il connaît le monde des malades, et il est préoccupé par les problèmes de l’heure. Quand la personne malade ne pourra plus parler, le C.P.M. pourra le faire à sa place. Ses amis l’ont toujours connu ainsi: convaincu de la justesse de la cause, soucieux de mériter la confiance des familles et des autres personnes touchées par l’hospitalisation d’un proche qui font appel au C.P.M. Il a mis sur pied un véritable club «CAA» pour les malades! On pourrait offrir à tous les Québécois, pour la somme de 10$ par année, les services d’un avocat pour connaître ses droits en matière de santé, presque 24 heures par jour. Les membres disposent d’un numéro de téléphone d’urgence. Le service offre également la référence, le «dépannage» quoi! Me Paul G. Brunet ne veut pas se contenter des 500 membres actuels: il vise les 100 000 membres. Le Conseil recherche un commanditaire pour faire connaître ce service et mieux le structurer: y a-t-il des mains levées ?

À la fin de cette entrevue, son cellulaire sonne: la Cour suprême vient de rendre la décision dans l’affaire Latimer, Paul est demandé par l’animateur de l’émission de radio le Midi Quinze pour débattre de l’euthanasie. Il accepte, il a beaucoup de choses à dire sur le sujet. Beaucoup.**

______________________

**L’intervieweuse s’est fait parler dans le casque après l’entrevue: on ne dit pas les malades, c’est trop anonyme et réducteur: on dit les personnes malades. Dont acte.